Achetons, achetons, achetons. la société d’hyper consommation. je gagne de l’argent, donc je le dépense. Je le dépense, donc j’en gagne, ou du moins j’essaie. Je m’habille toujours différemment, j’ai le cuir pour le sac et les gants, je visite tous les jours les ventes privées en ligne, je connais par coeur le numéro de ma carte bleue. je dépense, j’achète, je clic, je mange, je montre, je me la pète avec mon manteau, je fais les soldes, ou pas.

Je possède, je suis heureuse. toujours pas de soleil, pas d’amour, pas de partage, pas de nature. juste des objets, du plastique, des hydrocarbures, de la consommation, une voiture, des meubles, des shoes, des hauts, des bas. des bas pour remonter la pente.

Plus de poésie, plus rien de ce genre. plus de soleil, plus de camus, plus de philo, plus de recul. Que de l’objet, des objectifs chiffrés. « Mais être actif, c’est perdre son temps, dans la mesure où l’on se perd ». [Camus, l'envers et l'endroit].

Hin ? quoi ? des vacances, le ski, mais biensûr, il faut faire comme tout le monde, aller à la montagne, au ski. Etre comme tous ces autres, montrer son coup de soleil, son bronzage, ses muscles. Sa forme, avoir bonne mine. Etre toujours au top.

« Mais c’est curieux tout de même comme nous vivons parmi des gens pressés. »  [idem]

Malheureuse avec tous ces objets. Malheureuse sans le soleil et le dépouillement d’une place déserte sous le soleil de midi un beau et silencieux jour d’été.

Rayhana, actrice et auteure féministe d’origine algérienne agressée à Paris, alors qu’elle se rendait au théâtre pour une représentation de son spectacle « A mon âge, je me cache encore pour fumer ».

Comment réagir ? Que faire  ? Que dire ? Quoi écrire ?

Il y a certains actes et quelques mots nécessaires, indispensables, auxquels on ne peut échapper :

Crier haut et FOORT son indignation, sa révolte, sa position.

Encourager et féliciter l’actrice et la femme. Pour son courage, sa bravoure, son travail, la justesse de ses propos. Avoir l’intelligence d’être là, d’avoir un parcours cohérent et de dire les choses justes qui s’appuient sur ce parcours et qui sonnent vrai. Même si je n’ai pas vu la pièce, même si je ne pourrai pas la voir pour le moment. Complet qu’ils disent.

Ensuite, après avoir dit tout ça, qu’est ce qu’on fait ? Qu’est ce qu’on dit ? On utilise au mieux ce petit espace d’expression libre, le blog, pour relayer l’information, et multiplier les réactions de solidarité.

Ok, c’est fait. Et je reste sur ma faim. Une partie de moi voudrais également comprendre. Même si je suis à la conclusion de toute chose. Je vois la fin du film dès que l’on m’esquisse l’intrigue. Après toutes les conneries entendues sur les femmes, après avoir vécu l’obscurantisme et l’avoir fui, je ne crois plus en une fin heureuse. Je ne suis même plus révoltée. Juste désabusée. Convaincue de la lâcheté des hommes… Alger, Paris, les femmes déchirées entre ici et la bas, perdues entre l’envie de s’émanciper, le besoin de s’affirmer et la douleur de l’exil. Et tous ces hommes à la con au regard étroit et à la bite en feu qui s’abattent sur nous au lieu de se remettre en question et d’avancer pour eux.

Il faut encore se positionner ? Après avoir quitter le bled comme ils disent, après avoir accepté de bouffer de la tristesse et de la solitude matin midi et soir, de l’ignorance, comme dirait Milan Kundera. Si, si, de l’ignorance : ne pas savoir ce que devient ce que l’on a laissé quand on est parti; Ne pas savoir ce que la partie de soi devient, alors qu’on l’a arrachée à la terre originelle.

Et alors que l’on retrouve la liberté de se construire, alors que l’on veut dénoncer les injustices qui sont à l’origine de notre misère, en tant que femmes en Algérie, la violence et l’obscurantisme nous rattrape ? Le fait même qu’une femme puisse être menacée dans Paris, simplement parce qu’elle est une femme et qu’elle a un discours de liberté me fait perdre tous mes moyens et me révolte terriblement.

Les mots me manquent. Je m’arrête là pour ce soir. Les commentaires de soutien à l’actrice Rayhana sont les bienvenus sur ce site.

Merci

Liens :

L’article du figaro : http://www.lefigaro.fr/theatre/2010/01/06/03003-20100106ARTFIG00023-a-mon-age-je-me-cache8230-.php

Présentation de la pièce sur le site « La Maison des Métallos » : http://www.maisondesmetallos.org/A-mon-age-je-ma-cache-encore-pour.html

Post et commentaires sur le blog d’Armelle Héliot :

http://blog.lefigaro.fr/theatre/2010/01/rayhana-attaquee-physiquement.html

Pause sur le présent. J’ouvre ‘La baie d’Alger » de Louis Gardel et entre dans un passé que je n’ai pas connu, un Alger que mes parents et grand parents m’ont conté avec nostalgie, amertume et douleur. Quelque chose du paradis, un coin de soleil et de fraicheur, une mer et des plages magnifiques, une ville à taille humaine, des soirées au bord de l’eau, des relations simples entre les communautés, des gouts et des saveurs, des ballades à cheval dans les forêts de pins, des pique-niques au bord de l’eau. Un coin de paradis sur la côte nord de l’Afrique, mais accessible à un petit nombre : les colons, les riches, quelques bourgeois musulmans, et c’est tout.

Et c’est tout. Le reste de la population n’existe pas dans l’histoire de cette ville, de ce pays; si ce n’est en terroristes barbares qui veulent faire du mal au paradis et tout détruire, tout saccager.

Cachée, la misère de tous les autres, dans les ruelles de la casbah, et dans les villages des montagnes. Tue, la barbarie de l’armée et de ceux qui ont le pouvoir, sur un peuple silencieux.

Non, ce n’est pas le propos de ce livre magnifique qui ajoute une couche de douleur au syndrome du pied noir par des souvenirs enfin contés. Il y a le ciel bleu, l’adolescence, l’énergie, les envies de justice et de pureté, l’ignorance de l’existence des autres. L’ignorance et l’envie de continuer de vivre sa vie douce et caressante sans en savoir plus, sans comprendre ce qui pourrait tout détruire, dans son petit monde; ce qui a tout détruit. Sans avoir le temps de se retourner. Il est déjà si tard.

Il y a ceux qui sont lésés depuis le début, qui se battent et se débattent pour récupérer un peu de vie et de bonheur; et il y a ceux qui avaient la vie et le bonheur, la ville et la baie, et qui, du jour au lendemain, ne peuvent plus ni en jouir, ni même la partager.

Il y a cette tournure radicale : la baie d’Alger, c’est blanc, ou c’est noir; et c’est un coup de pied au cul pour trop de monde depuis trop longtemps.

Alger idéale, où tout le monde vit ensemble, dans le respect des uns et des autres, profitant tous de cet air frais, de ce soleil de plomb et de l’air de la mer : quelle belle utopie.

la ville

Je marche seule, vite, dans les rues de cette grande ville américaine. Cette ville aux larges trottoirs, aux fameux festivals et à la jeunesse purulente.

Je marche seule, vite, pour rejoindre le bus qui m’emmènera dormir. Il est tard, le grand boulevard est occupé par une faune peu fréquentable, imbibée de bière, au regard fixe et sans expression.

Je marche vite, seule, pensant à toutes mes impasses, mes démons et mes angoisses. Je fronce les sourcils, me déhanche pour mettre une jambe loin devant l’autre, je regarde droit devant, sans voir personne, je dévisage les immeubles et regarde à peine la route meublée de tous cesvisages inconnus. Je passe entre les lignes, entre les gens. Une partie de moi aimerait se poser, marcher plus doucement, flâner, s’arrêter prendre une bière. Tenter de rencontrer des gens, connaître cette magnifique île par ceux qui l’habitent.

Mais je me sais trop loin de toute faculté à maîtriser les choses, je me sens étrangère, différente, méfiante, et ne tente même pas de regarder tous ces gens autour. Je suis perdue dans mes pensées et mes impasses amoureuses qui me font oublier jusqu’à la foule qui m’entoure.

Je regarde à nouveau vers le trottoir pour vérifier où je mets les pieds, et là, mon regard croise celui d’une femme, qui le chope et en profite pour m’envoyer un truc qui m’a complètement transformée, en un quart de seconde, le temps d’un sourire. J’étais tellement surprise qu’au lieu de le lui rendre, bêtement, je lui ai rendu des yeux ronds, genre « mais t’es qui toi ? Qu’est ce tu me veux? »

Et je l’avais déjà dépassée. Je suis restée bête quelques instants, comme anesthésiée par sa beauté brune, par cette évidence avec laquelle elle m’a souri. J’ai eu envie de faire demi-tour, d’aller lui dire bonjour, de l’inviter à prendre un verre, de l’accompagner pour un bout de chemin.

J’ai eu envie d’être avec elle un moment, d’être à elle et qu’elle m’enlève à ma propre vie qui me paraissait juste avant sans issue.

KLZ

Je fantasme un petit peu, un jour ou deux, puis j’oublie. Je n’y crois pas vraiment au fond, ni en mes pulsions suicidaires, ni en mon romantisme chevaleresque, ni même en mon coté bourgeois qui va se caser et faire des gosses.

Je ne crois en aucune énergie qui puisse m’élever et me tendre vers une destinée. « Ce qui compte, ce n’est pas l’endroit d’où l’on vient, mais c’est où l’on va ».* Je ne crois pas en moi, au fond, alors je mets toute mon énergie à croire en l’autre, peu importe l’autre, tant qu’il me dirige et que son chemin m’éclaire et me trace sa voie. Peu importe la voie, tan qu’il y en a une, il suffit de le choisir, honnête, passionnée et artiste, et l’histoire devient passionnante, le parcours truffé d’embuches et de surprises, la vie palpitante.

Je suis prête à aimer bcp de monde, laissez moi libre d’aller vers l’un de ceux qui m’attirent.

Je ne sais pas ce que je reproduis, quel amour, quel désir, quelle jalousie, quel sentiment, quelle peur. Je ne sais pas ce que je recherche, mais je constate que ce même sentiment douloureux de manque de substance dans la présence ou dans l’absence de l’autre. Que ce soit dans sa présence, ou dans son absence. Il y a quelque chose d’impalpable, d’iréel, dans mes sentiments. de virtuel, une sorte d’hologramme.

* Public Ennemies, Michael Mann, Réplique de Johnny Depp

1 comprimé ? Non, 2, allez, pour une grosse douleur, il faut un gros remède. J’irai plus vite au lit. J’irai m’oublier un peu, oublier les douleurs qui viennent comme une épée dans le dos, dans le coeur, dans la tête, les yeux.

Je fantasme entre deux crises de nerf et la fonte des larmes sur le métal froid et dur posé sur ma tempe, sur mon front. Je fantasme et me dit : d’ici la fin de la semaine, faut que je passe à la banque. Faut bien vérifier que mes parents pourront récupérer les sommes astronomiques qui débordent de mon livret A, livret B, cerise, codevi, troudeballe et perlinpimpin. Ils ont infiltré jusqu’aux moments les plus sombres de mes dépressions amoureuses.

Des machines à consommer et à tenter l’équilibre impossible et l’épanouissement dans un monde oppressant qui ne cherche qu’à sucer ton jus, ta sève, ton énergie, ta raison d’être.

Toutes mes raisons d’être : les vacances, les fêtes, la rentrée, les soldes, la maison, la déco, la cuisine, les sorties, le ciné, le bio, le light, le réseau social, les connaissances, les sorties, les club, les soirées. Il faut pouvoir cocher dans son agenda annuel, avoir le kit de l’homme développé qui s’assume. Je suis un animal qui consomme. Je ne suis plus ni social, ni pensant. Je suis dépensant et asocial. Je ne veux voir les gens que s’ils m’apportent quelquechose, ne faire les choses que s’il y a un salaire, et ensuite consommer, consommer, consommer. Fachhadou, fachhadou, fachhadou.

(phrase de l’hymne national algérien)

J’attends de laisser passer 20 mn et je vais rejoindre mes amis, mes douceurs, mes rêves et mes délires. Je vais dormir et oublier jusqu’au réveil du lendemain, les réunions, les compte-rendus, les transports, être à l’heure, rendre le fichier à jour…
En attendant, et comme je ne suis pas d’humeur à dire des choses qui élèvent nos âmes absentes (la mienne est aux nocturnes chez La Faillite) Zelda est tellement plus poétique, voici un paragraphe magnifique :

« Pour nous, le fleuve des heures est un rapide qui roule, gronde et bouillonne vers les chutes avec tant d’écume que notre propre bonheur nous éclabousse. Et me fait sombrer coeur et âme dans l’appréhension de la fin.

Je sais la fin, mais je ne la dis pas. Je le laisse à son ivresse amoureuse, à la joie du moment, puisque cet homme est bâti pour le bonheur et n’aura pas grand regret de ce bonheur-ci plus que du précédent ou du prochain.

Ne me demandez pas comment je sais ça, je le sais, et c’est tout. »

Gilles Leroy, Alabama Song

Nina Bouraoui, une armure

Nina Bouraoui, une armure

J’ai rêvé de nous hier soir. Nous étions amies, complices, confidentes. Nous utilisions le « tu » et parlions comme deux soeurs. Je me permets alors de te tutoyer ce soir aussi.
Cette douceur dans ta voix, mélangée à cette sensualité que tu utilises. Tu la sais séduisante, tu te sais puissante, par ton charme, par ton aisance à décortiquer les sentiments. Ta séduction réside en partie dans cette faculté naturelle à prendre le dessus, à paralyser l’autre par ton rythme et tes passions. Ce n’est certainement qu’une impression, une façon de te protéger, te cacher, mais c’est ce que j’ai reçu, en même temps qu’une énorme fragilité, les rares fois où j’ai pu te croiser autrement que par tes mots. Hier soir, dans mon rêve, tu n’avais rien de tout ça. Tu étais détendue, décontractée, entière. Moi j’étais heureuse, apaisée, rassurée de te savoir finalement aussi simple et douce que ce que tes livres inspirent, confiant mes peines et mes secrets à ta seule discrétion.

Tes mots sont une tempête. Tes livres des ravins. Ta présence dans mon inconscient est latente. Tu es ma compagne dans le doute et les remises en question. Tu es la personnification de mon désir d’écrire.

Merci pour ton dernier livre « Appelez moi par mon prénom », un voyage inoubliable dans la douceur de l’amour. Merci pour tous tes autres livres, Poupée Bella, Garçon manqué, Une Vie Heureuse… une expérience unique que de parcourir tes écrits, de me noyer dans tes phrases et tes paragraphes sans fin.
Plus je te lis et moins je désire écrire, voulant laisser cela à ceux qui le font si bien, comme toi. Comme d’autres que je ne citerai pas ce soir. Car ce soir, c’est toi qui visite mes rêves, c’est toi qui accompagnes ma solitude de plus en plus douce, de plus en plus dangereuse car confortable.
Plus je te lis, et plus je désire écrire. En ressentant tout le plaisir que j’ai à te lire, je suis jalouse, envieuse. J’ai envie d’avoir ta patience, ta persévérance. Pas ton style, ni ton talent, je te laisse ce qui te différencie et fait de Nina Nina. Non, juste cet inconnu pour moi qui est le long chemin entre le désir d’écrire et le roman achevé.

Je me demande de quel droit je me permets d’écrire toutes ces impressions et tous ces délires, taggant ton nom dans ce bloc de dépressif lunatique ? Mais toi, de quel droit t’invites-tu dans mes rêves ?

H.

Fleur - Parc du Marquenterre

Fleur - Parc du Marquenterre

Je perds petit à petit la distance. Celle qui me permet de voir un peu de présent, un peu de passé et un peu de futur en même temps. Celle qui permet de voir le moment dans sa globalité. Cette distance nécessaire au jugement, à la prise de décision.
Je suis le nez dans les algues, en apnée dans les fonds mesquins, et ne sais pas s’il est mieux de nager plutôt vers l’ouest, ou plutôt vers le sud.
« Buvons, Et que l’heure fugitive s’ennivre de volupté »
« Ma pensée doit voler vers des plaisirs toujours nouveaux »*

Quelle voie emprunter? Dois je consommer le bonheur de l’instant, tel qu’il se présente, fugitif et volubile, ou dois-je tenter de le construire pour mieux en apprécier demain sa probable stabilité dans le temps ?

Elle était imprégnée des romans de son enfance, qui ont construit pour elle un univers magique où le bonheur arrive toujours, où la justice a le dernier mot et où les méchants s’excusent ou meurent à la fin.
Elle vivait dans cet univers, et chaque rappel cynique de la vie la tuait par petits bouts. L’absurde douleur de l’exil était comme le feu de l’enfer dont l’on ne sent même pas la chaleur tant on y est cloîtré, tant les souvenirs d’un ailleurs sont évaporés dans la brume.
J’entends ton rire arracher le silence de la solitude, déchirer violemment le voile de la tristesse qui accompagne mes pensées pour toi. J’entends ton rire et je sens mes larmes s’envoler en caresses et espoirs.

La vie, avec ses joies, ses peines, ses jouissances, ses délires, ses désirs, ses moments de doute, ses malheurs, le deuil, la mort, les solitudes. Et les choix, surtout. Les choix, cruciaux, qui font de toi la maitresse de ta vie et non une passagère embarquée sans reflexion, par erreur dans un bateau qui finira emporté par tous les vents.

* La Traviata, Verdi

Je lève mon pouce à celui qui veut me prendre, pour m’emmener loin de cette ville qui me grignote le cerveau. Je lève mon pouce et monte dans la voiture. Il suffit que tu m’emmènes près de la mer, là où on entend le cri des mouettes, le bruit des vagues, là où on peut s’arrêter 10 mn à un carrefour à réfléchir à la direction à prendre, sans se faire insulter par des voitures derrière.
Parce qu’il n’y en a pas des voitures. Ni de café non plus. Sans stress ni drogue, sans ruine du corps. Le réveil tonique, le soleil éclatant, la vitamine D insolente. Tout ce qui n’est pas Paris.
Le calme le soir, quelques oiseaux et insectes. Et c’est tout.

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

le bruit de la rosée le matin. Le soleil qui assèche tout dès qu’il monte un peu. La sève qui monte de l’intérieur pour te donner envie de dévorer la vie entière, d’avoir le monde à tes pieds.
Je lève mon pouce et même ma jupe si t’es beau gosse. Si tu me plais et que tu m’ouvres la portière. Que tu me prends et me promets de m’emmener en silence dans un monde de calme et d’honnêteté, sans stress ni métro, sans malheur. Sans haine. Sans violence. Juste la nature ailleurs, la route. comme dirait Tracy : You’ve got a fast car. Ok, on y va, lets go. Tu sais que tu me plais toi?
Ok, t’existe pas.
Je lève mon verre, si tu viens, si t’existes. Je lève mon verre, et pose les couverts pour te servir les meilleurs plats. Puis me laisser aller aux plus doux des délires, à l’abandon, enfin. Dans tes bras imaginaires.

Je lève mes fesses. Là, je ne peux plus attendre. T’es où ? T’existe ? Pourquoi devrais je attendre quelqu’un dont je ne sais même pas l’existence ? Qui change chaque année dans ma tête pour se transformer en fantasme différent. En homme parfois urbain et excité, parfois rural et silencieux. Viril, aux yeux bleus. Comme ce gars magnifique à la peau caramel et aux yeux couleur mer des tropiques. Au regard doux et aux traits féminins.
- Tssss. On ne vit qu’une fois, merde. Je devrais l’appeler.
- Il vit à St Brieuc
- Et alors, St Brieuc, ce n’est qu’à 6h d’ici. Et quoi, je ferai du Stop, avec une grosse plaque marquée : mer des tropiques sur lit de caramel. Vais me poster sur la N12, porte de St Cloud.

Je lève mon pouce, mon verre, ma jupe, mes fesses. Stand up. Tout, faut que ça bouge, faut que ça change. N’est pas honte de dire Fuck Off à Paris. Et quoi ? La plus belle ville du monde? les grandes avenues ? Les Invalides, les champs Elysées ? Nation ? Répu ? Montmartre ? Hey What the Fuck. Rien à foutre. Ca peut rester là, j’ai bien mis une croix sur Alger, cette ville qui a fait tourner la tête des plus grands de ce monde. Alors Paris, c’est du pipi de chat à coté, c’est piste verte. C’est impersonnel, trop grand, touristique, fatiguant, déprimant, gris, triste, pluvieux, mortel, froid, dangereux, anihilant.
N’ai pas honte d’accepter ton manque d’attachement à Paris, après tout ce temps, après que t’aies cru en l’amour. Et quoi ? Ils vivent là ? Qui ils ? ah, lui. Et lui aussi.
Seule ailleurs, à perdre la tête dans une solitude affolante.

A fuir l’essentiel et le réel pour se passionner pour un truc futile sans aucun intérêt ?
A trouver un sujet commun pour entretenir sa vie sociale ?
A montrer qu’on est comme tout le monde ?
A prouver qu’on peut devenir un expert en quelque chose quand on est expert à rien dans la vie ?
A …
Allez, pas de préjugé, soyons positif :
Aux passionnés de football qui ne peuvent pas vivre sans connaitre les résultats des principales équipes mondiales et européennes ?

Non, serieux, ça sert à quoi le foot à la télé ?
A claquer 500 € pour voir la finale de la Champions League à Rome ?

Si vous avez quelques réponses sérieuses à proposer, je suis preneuse.

KLZ

PS : a mon avis, et ça n’engage que moi, ça sert à rien…

Prévue le 27 Mai prochain

Prévue le 27 Mai prochain

Transmission de Kito - Sculptures en Liberté Plouézec (Côtes-d'Armor) à proximité de la pointe de Bilfot.

Transmission de Kito - Sculptures en Liberté - Plouézec (Côtes-d'Armor) à proximité de la pointe de Bilfot.

J’attends de grandir un peu, encore. J’attends et j’essaie encore. De pardonner, à tous ceux qui me font souffrir. A comprendre pourquoi ils font ça. Pourquoi je me retrouve dans des voies sans issus avec des gens dont je ressens pourtant parfois l’amour. Qui me font des promesses, énormes. Avec leurs yeux, avec leurs corps. Avec le coeur.
Et doucement, avec la vie, avec les choses, ils s’éloignent et coupent les ponts. Disparaissent et fuient. Ne veulent plus parler, ni voir. Ni même rencontrer. Ni espérer, ni respecter. Ils ne veulent plus rien. Dans le refus, la fuite, le rejet.
Dans la douleur et le manque d’humanité. Dans la connerie.
Et je ne comprends pas. Alors je m’emporte et vais plus loin, par fierté, par blessure. J’envoie chier et je tourne les talons. Puis je pleure, en silence, en douleur. Seule.
Et j’ai peur. Et ne m’avance plus vers l’autre.
J’en ai la tête qui tourne.

- Une bolée s’il vous plait.
- C’est du cidre que vous voulez ?
- Non, une mousse, de la bière, un demi. Ici, on appelle ça une bolée, en hommage aux pommes. En Bretagne, ce sont les pommes, le sel et le beurre. Et la fierté.

Je vais attendre de vieillir encore un peu, et peut être vais-je oublier. Pardonner. Ou comprendre.
Les lâchetés des uns, les peurs des autres, les bêtises de tout le monde. La vie quoi. Les autres.
Et moi.

KLZ

NB : Si Kito passe par là, comme je suis passée par chez lui, il n’y a pas bien longtemps, il pourra rajouter l’info du titre de cette très belle sculpture.
Merci pour cette balade aussi agréable qu’imprévue. Magnifique, dans ce décor naturel somptueux.

Le vent sur ma peau qui brûle, rouge comme le soleil quand il s’en va mourir. Ma peau qui ne supporte pas ces étés au bord de l’eau mais qui en redemande pourtant.
Il fait chaud le soir, dans le lit, sous les draps blancs qui sentent la lessive. Il fait chaud et les fenêtres ouvertes aident à trouver le sommeil.
Dans la nuit, le bruit de pas qui crissent sous le gravier de ces routes sans bitumes.
Les derniers cousins s’en vont, les lumières s’éteignent unes à unes. Je l’entends faire sa toilette. Bruyant. Jamais devant nous. Il attend toujours qu’il n’y ait personne dans la salle de bain.
Le saboun hajra, le morceau de savon vert fait de la mousse sur sa peau matte, elle. Il fait ses ablutions, nettoie ses oreilles, son visage, sa bouche. Avec son petit short jaune à élastique et son marcel blanc desquels sortent des membres fins et déterminés, ridés et vigoureux, bruns et musclés.
Il traverse le couloir « haya, tesbah ala khir »n j’entends ses blégha en cuir marron trainer à peine sur le carrelage frais. Il va dans la chambre, laisse la porte entre-ouverte et fais sa prière en chuchotant entre deux Allah ou akbar.
Puis les lumières s’éteignent. J’entends le ronflement de Papa dans la chambre du fond, la respiration de ma grand mère, juste l’expiration, rythmée puis m’endors aussi. Le dos qui brule sur les draps blancs qui sentent la lessive. Une fine couche de transpiration et l’envie d’être ailleurs, loin, de vivre plus intensément.

La vie était pourtant tellement présente la bas, à cette époque. Que je ne la voyais même pas. Elle cassait toute la baraque.
Le matin, le perroquet qui siffle. Ma grand mère qui prépare le petit dej. Le khobz mechoui, la confiture de fraise faite maison et la plaquette de beurre dont il ne reste qu’une seule noix. Va falloir aller en acheter si on veut manger quelque chose. La chaleur qui annonce la couleur. 8h du matin, il fait déjà lourd. Le soleil ne pardonnera aucune tentative de bronzage aujourd’hui. Plus que de la crème, faudra rester sous le parasol ou courir vite dans l’eau pour passer entre les méduses et passer sa journée à tenter de toucher le sable avec ses doigts là où on n’a pas pied. Après les algues, pas loin du bateau.

Vacances, Tunisie, étés des années 90′

HK

Maghreb - Octobre 2003 - Couché de soleil

Maghreb - Octobre 2003 - Couché de soleil

J’ai le temps, tout le temps. Devant moi, c’est comme l’infini. Ou du moins l’assez long pour ne pas avoir à y penser.
J’ai le temps, tout le temps. Je peux encore fermer les yeux au moins 1 heure au moins 1 mois, au moins 1 an.
J’ai le temps, tout le temps. Je peux attendre. Je dois aller au bout, il va bien se passer quelque chose. Je ne suis pas là pour rien, n’est ce pas ?

J’ai le temps, tout le temps.
Quelques mois encore, jusqu’à la rentrée prochaine, jusqu’à mes 35 ans. Non, non, pas jusqu’à la ménopause. Mais au moins quelques temps encore. On s’en fout de combien. De tout façon, ça va venir avant que je ne me lasse. Il va se passer quelque chose, ça va arriver. J’en suis convaincue. J’ai l’instinct pour ça. Je ne me suis jamais trompée.

Bon, si, peut être une fois ou deux. Mais ça comptait pour du beurre. Qui ? L’autre avec lequel ça a duré 5 ans ? Mariés, l’appart et la voiture neuve? Non, non, crois moi mec. Là, c’est la bonne. Ca fait déjà 3 ans, 10 si tu comptes les années où j’ai attendu en sachant que ça allait arriver. 30, si tu comptes le pressentiment qui vient avant même que je ne me mette à attendre. C’est le truc de ma vie ça. C’est l’histoire que j’attendais. C’est tout ce qu’il me faut. C’est lui, c’est là. C’est bientôt. Faut juste laisser le temps, et là j’ai la vie devant moi, je suis jeune. Je peux tenter le coup.
Et de toute façon, si à 35 ans il ne se passe rien, je prends les choses en main. Je change de mec, je change de job, je change de ville. Et je me fais ça à l’éprouvette.

Mais ça doit arriver. Je vais rester encore un peu. Ici c’est bien, c’est confortable. Et puis je me suis habituée. Je me suis attachée à tout ça. Je ne vais pas encore tout reprendre à zéro, non ? Ca va arriver sans violence, avec évidence. C’est écrit.
Je suis sûre. Les choses vont aller dans mon sens. Je le vois tracer le chemin qui le mène vers la vie dont je rêve, je vois que tout se prépare. Je suis prête et n’ai plus qu’à attendre.
Je suis là depuis si longtemps, c’est pas possible. Je ne peux pas partir sans que tout se concrétise enfin. Sans que je goute à tout ce qui brille au fond de mon imaginaire.

Sommes nous si ridicules devant l’éternité ? devant l’immensité du temps ? Je suis pourtant bien là, au centre de toute chose, non?
Je ne peux pas partir comme ça. Tout arrêter et m’en aller sans donner encore quelques semaines, quelques mois. Je suis encore bien jeune. En pleine force de l’âge. J’ai la vie devant moi, « les dents solides et la pomme juteuse ».
Elle est où la pomme ? Comment ça elle est où ? J’en sais rien moi, mais elle est là, pas loin. On a tous droit à une pomme chacun au moins! Je vais rester encore ici quelques heures. Baisse la lumière, je vais faire une petite sieste en attendant. Non, non, ne vient pas me réveiller, je ne fais que m’assoupir un petit moment. C’est confortable ici.

J’ai le temps, tout le temps. Pas de problème, je ne m’inquiète pas. Faut toujours continuer ce qu’on a commencé. Je le sais. Ils vont venir. Les tartares.

H.

ca doit être le métro. je ne vois pas d’autre explication! tous ces gens mixés, mélangés, égaux devant ce train qui arrive. Tous égaux devant les lois de la RATP. tous au même prix, le meme tarif, le même ticket, le même risque devant les controlleurs. et les voila qui se serrent les coudes, qui lancent l’alerte, en cas de controle surprise. les voila qui tiennent la porte, ou qui appellent le chauffeur, si quelqu’un veut sortir ou tombe. tous égaux.Biensur, c’est à celui qui est le plus proche de la porte, a celui qui est à coté du siege vide. sans pour autant se bousculer ni être trop ‘petit’, sans prendre la place de celui qui s’approche.
J’ai cette facheuse tendance à les regarder, tous, à les laisser passer. Tous ces hommes, toutes ces femmes. tous aussi beaux et aussi sains les uns que les autres. chacun le nez dans son bouquin. je les vois tous et je suis jalouse! Frustréée de ne pas les connaitre, mieux, tous, de ne pas les aimer tous, et de ne pas être aimée par tous. Non, je suis la, laissée à l’indifférence la plus violente, la plus silencieuse. Un couple, deux personnes se regardant tendrement, s’embrassant. deux amis qui discutent, un groupe d’amis se fendant la gueule, des collègues qui parlent du boulot, un groupe de retraité qui va au musée, sortie organisée.

C’est peut être ma solitude? ou alors le mixage entre le métro et la solitude?
je ne sais pas trop, mais je me surprend parfois, assise ou plus souvent debout, collée à tout ce monde tout en faisant mon possible pour ne toucher personne. Quelle hypocrisie! Quelle mise en scène.

je me surprends à tous les aimer ces gens, autant que je les déteste, ne sachant plus ce qui me lie à eux! j’aimerai les connaitre mieux. je crois même les connaitre mieux, et je me sens frustrée, contrariée. ils ne me reconnaissent donc pas? personne ne me reconnait! D’ailleurs, personne ne me regarde vraiment, même si tout le monde me voit. et ces hommes d’origine africaine, ces métisses, ces hommes de la guadeloupe, ces japonais, ces chinois, ces européens, ces gens du nord, et toutes ces femmes! Aussi belles, et aussi fraiches le matin tot qu’en fin de journée. La race humaine est éblouissante! Je me surprend à fantasmer sur chacun d’eux, chacune d’elle. Je rêve de connaitre l’intimité de chacun, leurs expressions, leurs odeurs, leurs parfums, leur intimité, leur vie. Ou vivent ils? Je voudrais tout partager avec eux. J’aimerai gouter à la peau de chacun, toucher au corps de tous ces hommes, toutes ces femmes, être dans leur intimité! parcourir le monde à travers leurs origines, retracer les horizons de chacun. Ils sont si… aimables. Je voudrais être leur femme, leur maitresse, leur coup d’un soir, leur amie, leur soeur, leur mère, leur enfant, leur collègue, tout ca en même temps.

Et je regarde, tout le monde, chacun, et je me sens rassurée, en sécurité dans cette foule protectrice. Je suis avec eux, je suis eux, je suis la foule. Je me perds dans un détail. La jeune fille en face a les larmes aux yeux. Il fait beau ces jours ci, les jeunes ont la peau brûlée par le soleil, leur visage, les bras nus et le cou. Celui qui arrive à l’instant et qui s’assied en face de moi dégage une odeur d’alcool épouvantable. De la bière, certainement. Il n’est que 17h30. Un accro du zinc… Ce couple, plus loin, au fond. Qu’ils sont beaux…
Puis les portes s’ouvrent. C’est la bonne station, le bon arrêt. Il faut descendre, bousculer un peu pour arriver jusqu’à la porte, se dégager, s’extraire.
Me revoila à nouveau, individuelle! Et je les ai tous oublié. Bien qu’ils sont toujours là, dans ce même wagon, a descendre toujours plus au sud, ou vers le nord. Mais pour moi, ils n’existent plus. Ils sont si éphémère… Seuls mes fantômes, eux, persistent et m’accompagnent douloureusement.

scène

Si vous avez envie d’aller au ciné, s’il vous reste des places à griller avant la fin décembre, si vous cherchez une sortie au chaud, si vous êtes curieux du cinéma algérien contemporain, si vous aimez Kusturica, si vous aimez Molière, si vous aimez la poésie, si vous aimez le cinéma, les belles images, les lumières somptueuses, les acteurs puissants et justes autant qu’inconnus, si vous aimez les portraits honnêtes de sociétés insaisissables, alors vous aimerez Masacarades.

Si vous ne faites pas partie de toutes ces catégories de personnes, alors allez y quand même, vous ne regretterez pas.

Je suis séduite. Plus que ça, je suis fière.
Bon, ok, c’est nul d’être fière Je suis heureuse d’avoir vu ce film. Heureuse que ce film existe.
Il donne de l’espoir à l’espoir.

Il donne des personnages à l’Algérie. Des histoires à raconter. Des fables pour conter le réel, alors que plus aucun politique ne peut le porter. C’est du positivisme algérien. Il rend compte de ce réel insaisissable que plus aucune institution ne sait décrire, transcrire et rendre à son propre peuple et au monde qu’est le réel algérien. Séparé de la religion, séparé des problèmes identitaires, des conflits linguistiques. Il donne une légitimité à la langue… Pfff, j’arrête, c’en est trop. Allez le voir, ce film.

Je kiffe, j’adore, je soutiens, je vote ! et j’en redemande.

Bravo et merci Lyes.

Pour en savoir plus et lire l’entretien avec le réalisateur : http://www.mascarades-lefilm.comc

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