- « Dernière étape pour vous, Ya djma3a, la dernière farce du voyage. Nous passerons la nuit ici. » (djma3a = groupe)

J’ouvre les yeux et découvre le paysage désertique qui s’offre à moi, malgré la pénombre dont je ne sais plus si elle présage du soir ou du matin. Le soleil reste aveuglant malgré tout et mes yeux distinguent à peine : des dunes au sable orangé, parsemées de roches noires et imposantes. Je fais le tour du panorama ; aller ; retour. Je n’arrive pas à comprendre, à distinguer. Telle est donc la dernière mauvaise blague de ces djinns du désert : un paysage reconstruisant à l’aide de roches noires et de sable fin, à l’identique, le peu de décoration qu’il y a dans ma chambre chez mes parents. Un premier massif rocailleux en face de moi, imposant, érigé tel deux tours fines et longues, représentant les bras du vélo elliptique; à ma droite, un mont plus compact, ressemblant étrangement à la grosse valise que j’avais laissée à Alger sur cette horrible table en bois, puis à l’extrême gauche, une dune de sable, assez plate, entourée de petites roches, rappelant le petit lit ou dort le petit, quand il vient chez ses grands parents. Tout autour, un sable fin, orange par le soleil couchant, parsemé de cailloux, telle une dalle de sol.
Je ne sais plus si je descends du Toyota 4×4 ou de mon lit quand j’ose poser le pied à terre. Le temps de cette jambe qui se tend, je ne sais pas si le sol que je vais fouler est celui de ma chambre ou s’il est aussi consistant que le sable fin du désert, instable par les pierres qu’il y a tout autour, ou plutôt de ce mélange de pierres et de crottes de chameau séchées que Laarbi fume quand il n’a plus de cigarettes.

Sous mes pieds, il fait aussi froid qu’à la maison et quand je laisse le vélo elliptique à ma gauche, je réalise de plus en plus que je me dirige vers la porte. Je l’ouvre. Il ne s’agissait que de ces rideaux rouges qui ont coloré tout le blanc en rose, me laissant croire qu’un nouveau paysage désertique du tassili N’ajjer allait encore me surprendre.