L’immeuble se trouve au milieu de la cité. Pour y accéder, il faut traverser toute la cour, le parking et longer les immeubles voisins aux cages d’escaliers ouvertes et aux portes déversant délinquants extrémistes et terroristes éventuels imaginés.
18h30 en décembre, il fait déjà nuit. Il pleut. On ne voit pas plus loin que devant nos pieds, qui avancent, eux, guidés par la peur et la précipitation.
Les ombres, devant chaque cage d’escalier, se repèrent par le son des voix, par les murmures violents et menaçants. Les mains dans le dos, les poings serrés, j’avance aux cotés de mon frère et de Gérard, ancien prof d’aviron dans les années 70, meneur et entraineur de l’équipe championne de l’époque, aujourd’hui, simple étranger menacé, éventuel égorgé et statistique de plus pour les médias étrangers.
Je rêve d’un couteau dans la main, dans ce cauchemars, Je dois négocier avec eux, ces fous illuminés qui ne savent qu’égorger : non, nous ne faisons rien de mal. C’est un ancien ami de la famille. Il vit à Alger depuis plus longtemps que vous. Il est ici chez lui, et qu’il reste ou qu’il parte, qu’il vive ou meurt ne changera rien à votre existence.
Laisse nous passer, il habite dans l’immeuble en face.
Je rêve de couteaux plantés dans le dos de ces jeunes terros imaginés qui nous menacent par leur présence dans cette cité, dans ce cauchemar bien monté, de souvenirs, je rêve de la peur et me réveille en sécurité, seule, angoissée.