ca doit être le métro. je ne vois pas d’autre explication! tous ces gens mixés, mélangés, égaux devant ce train qui arrive. Tous égaux devant les lois de la RATP. tous au même prix, le meme tarif, le même ticket, le même risque devant les controlleurs. et les voila qui se serrent les coudes, qui lancent l’alerte, en cas de controle surprise. les voila qui tiennent la porte, ou qui appellent le chauffeur, si quelqu’un veut sortir ou tombe. tous égaux.Biensur, c’est à celui qui est le plus proche de la porte, a celui qui est à coté du siege vide. sans pour autant se bousculer ni être trop ‘petit’, sans prendre la place de celui qui s’approche.
J’ai cette facheuse tendance à les regarder, tous, à les laisser passer. Tous ces hommes, toutes ces femmes. tous aussi beaux et aussi sains les uns que les autres. chacun le nez dans son bouquin. je les vois tous et je suis jalouse! Frustréée de ne pas les connaitre, mieux, tous, de ne pas les aimer tous, et de ne pas être aimée par tous. Non, je suis la, laissée à l’indifférence la plus violente, la plus silencieuse. Un couple, deux personnes se regardant tendrement, s’embrassant. deux amis qui discutent, un groupe d’amis se fendant la gueule, des collègues qui parlent du boulot, un groupe de retraité qui va au musée, sortie organisée.
C’est peut être ma solitude? ou alors le mixage entre le métro et la solitude?
je ne sais pas trop, mais je me surprend parfois, assise ou plus souvent debout, collée à tout ce monde tout en faisant mon possible pour ne toucher personne. Quelle hypocrisie! Quelle mise en scène.
je me surprends à tous les aimer ces gens, autant que je les déteste, ne sachant plus ce qui me lie à eux! j’aimerai les connaitre mieux. je crois même les connaitre mieux, et je me sens frustrée, contrariée. ils ne me reconnaissent donc pas? personne ne me reconnait! D’ailleurs, personne ne me regarde vraiment, même si tout le monde me voit. et ces hommes d’origine africaine, ces métisses, ces hommes de la guadeloupe, ces japonais, ces chinois, ces européens, ces gens du nord, et toutes ces femmes! Aussi belles, et aussi fraiches le matin tot qu’en fin de journée. La race humaine est éblouissante! Je me surprend à fantasmer sur chacun d’eux, chacune d’elle. Je rêve de connaitre l’intimité de chacun, leurs expressions, leurs odeurs, leurs parfums, leur intimité, leur vie. Ou vivent ils? Je voudrais tout partager avec eux. J’aimerai gouter à la peau de chacun, toucher au corps de tous ces hommes, toutes ces femmes, être dans leur intimité! parcourir le monde à travers leurs origines, retracer les horizons de chacun. Ils sont si… aimables. Je voudrais être leur femme, leur maitresse, leur coup d’un soir, leur amie, leur soeur, leur mère, leur enfant, leur collègue, tout ca en même temps.
Et je regarde, tout le monde, chacun, et je me sens rassurée, en sécurité dans cette foule protectrice. Je suis avec eux, je suis eux, je suis la foule. Je me perds dans un détail. La jeune fille en face a les larmes aux yeux. Il fait beau ces jours ci, les jeunes ont la peau brûlée par le soleil, leur visage, les bras nus et le cou. Celui qui arrive à l’instant et qui s’assied en face de moi dégage une odeur d’alcool épouvantable. De la bière, certainement. Il n’est que 17h30. Un accro du zinc… Ce couple, plus loin, au fond. Qu’ils sont beaux…
Puis les portes s’ouvrent. C’est la bonne station, le bon arrêt. Il faut descendre, bousculer un peu pour arriver jusqu’à la porte, se dégager, s’extraire.
Me revoila à nouveau, individuelle! Et je les ai tous oublié. Bien qu’ils sont toujours là, dans ce même wagon, a descendre toujours plus au sud, ou vers le nord. Mais pour moi, ils n’existent plus. Ils sont si éphémère… Seuls mes fantômes, eux, persistent et m’accompagnent douloureusement.
mars 1, 2009 at 12:43
De 2004 à 2009, rien n’a changé !
mars 2, 2009 at 11:01
Y a que nos regards qui changent.
Le reste est comme immuable. J’ai l’impression que plus t’es parisien et installé, et moins tu apprécies ce que tu trouvais génial en arrivant.
En même temps, tu apprécies des choses que tu ne voyais pas avant. enfin, c’est bateau ce que je dis là!
mars 11, 2009 at 1:02
Une bonne amie pensait de la même façon. C’est une attitude héroïque, parcequ’aimer inconditionnellement expose à la souffrance la plus dure.
Amertume, en lisant ce billet. Déjà, je ne vois plus que mes pieds et mon regard fuit. Que se passe-t-il donc dans ce métro pour que les gens y aient l’air si creu ?
mars 11, 2009 at 10:09
@ brotch : je ne sais pas. Peut être le stress, le temps qui passe. l’envie d’en sortir vite, de vite rentrer à la maison, ne pas rater le métro qui arrive. le rêve commun qu’un jour, on pourra se télétransporter ?