Maghreb - Octobre 2003 - Couché de soleil

Maghreb - Octobre 2003 - Couché de soleil

J’ai le temps, tout le temps. Devant moi, c’est comme l’infini. Ou du moins l’assez long pour ne pas avoir à y penser.
J’ai le temps, tout le temps. Je peux encore fermer les yeux au moins 1 heure au moins 1 mois, au moins 1 an.
J’ai le temps, tout le temps. Je peux attendre. Je dois aller au bout, il va bien se passer quelque chose. Je ne suis pas là pour rien, n’est ce pas ?

J’ai le temps, tout le temps.
Quelques mois encore, jusqu’à la rentrée prochaine, jusqu’à mes 35 ans. Non, non, pas jusqu’à la ménopause. Mais au moins quelques temps encore. On s’en fout de combien. De tout façon, ça va venir avant que je ne me lasse. Il va se passer quelque chose, ça va arriver. J’en suis convaincue. J’ai l’instinct pour ça. Je ne me suis jamais trompée.

Bon, si, peut être une fois ou deux. Mais ça comptait pour du beurre. Qui ? L’autre avec lequel ça a duré 5 ans ? Mariés, l’appart et la voiture neuve? Non, non, crois moi mec. Là, c’est la bonne. Ca fait déjà 3 ans, 10 si tu comptes les années où j’ai attendu en sachant que ça allait arriver. 30, si tu comptes le pressentiment qui vient avant même que je ne me mette à attendre. C’est le truc de ma vie ça. C’est l’histoire que j’attendais. C’est tout ce qu’il me faut. C’est lui, c’est là. C’est bientôt. Faut juste laisser le temps, et là j’ai la vie devant moi, je suis jeune. Je peux tenter le coup.
Et de toute façon, si à 35 ans il ne se passe rien, je prends les choses en main. Je change de mec, je change de job, je change de ville. Et je me fais ça à l’éprouvette.

Mais ça doit arriver. Je vais rester encore un peu. Ici c’est bien, c’est confortable. Et puis je me suis habituée. Je me suis attachée à tout ça. Je ne vais pas encore tout reprendre à zéro, non ? Ca va arriver sans violence, avec évidence. C’est écrit.
Je suis sûre. Les choses vont aller dans mon sens. Je le vois tracer le chemin qui le mène vers la vie dont je rêve, je vois que tout se prépare. Je suis prête et n’ai plus qu’à attendre.
Je suis là depuis si longtemps, c’est pas possible. Je ne peux pas partir sans que tout se concrétise enfin. Sans que je goute à tout ce qui brille au fond de mon imaginaire.

Sommes nous si ridicules devant l’éternité ? devant l’immensité du temps ? Je suis pourtant bien là, au centre de toute chose, non?
Je ne peux pas partir comme ça. Tout arrêter et m’en aller sans donner encore quelques semaines, quelques mois. Je suis encore bien jeune. En pleine force de l’âge. J’ai la vie devant moi, “les dents solides et la pomme juteuse”.
Elle est où la pomme ? Comment ça elle est où ? J’en sais rien moi, mais elle est là, pas loin. On a tous droit à une pomme chacun au moins! Je vais rester encore ici quelques heures. Baisse la lumière, je vais faire une petite sieste en attendant. Non, non, ne vient pas me réveiller, je ne fais que m’assoupir un petit moment. C’est confortable ici.

J’ai le temps, tout le temps. Pas de problème, je ne m’inquiète pas. Faut toujours continuer ce qu’on a commencé. Je le sais. Ils vont venir. Les tartares.

H.