Le vent sur ma peau qui brûle, rouge comme le soleil quand il s’en va mourir. Ma peau qui ne supporte pas ces étés au bord de l’eau mais qui en redemande pourtant.
Il fait chaud le soir, dans le lit, sous les draps blancs qui sentent la lessive. Il fait chaud et les fenêtres ouvertes aident à trouver le sommeil.
Dans la nuit, le bruit de pas qui crissent sous le gravier de ces routes sans bitumes.
Les derniers cousins s’en vont, les lumières s’éteignent unes à unes. Je l’entends faire sa toilette. Bruyant. Jamais devant nous. Il attend toujours qu’il n’y ait personne dans la salle de bain.
Le saboun hajra, le morceau de savon vert fait de la mousse sur sa peau matte, elle. Il fait ses ablutions, nettoie ses oreilles, son visage, sa bouche. Avec son petit short jaune à élastique et son marcel blanc desquels sortent des membres fins et déterminés, ridés et vigoureux, bruns et musclés.
Il traverse le couloir “haya, tesbah ala khir”n j’entends ses blégha en cuir marron trainer à peine sur le carrelage frais. Il va dans la chambre, laisse la porte entre-ouverte et fais sa prière en chuchotant entre deux Allah ou akbar.
Puis les lumières s’éteignent. J’entends le ronflement de Papa dans la chambre du fond, la respiration de ma grand mère, juste l’expiration, rythmée puis m’endors aussi. Le dos qui brule sur les draps blancs qui sentent la lessive. Une fine couche de transpiration et l’envie d’être ailleurs, loin, de vivre plus intensément.
La vie était pourtant tellement présente la bas, à cette époque. Que je ne la voyais même pas. Elle cassait toute la baraque.
Le matin, le perroquet qui siffle. Ma grand mère qui prépare le petit dej. Le khobz mechoui, la confiture de fraise faite maison et la plaquette de beurre dont il ne reste qu’une seule noix. Va falloir aller en acheter si on veut manger quelque chose. La chaleur qui annonce la couleur. 8h du matin, il fait déjà lourd. Le soleil ne pardonnera aucune tentative de bronzage aujourd’hui. Plus que de la crème, faudra rester sous le parasol ou courir vite dans l’eau pour passer entre les méduses et passer sa journée à tenter de toucher le sable avec ses doigts là où on n’a pas pied. Après les algues, pas loin du bateau.
Vacances, Tunisie, étés des années 90′
HK