Je lève mon pouce à celui qui veut me prendre, pour m’emmener loin de cette ville qui me grignote le cerveau. Je lève mon pouce et monte dans la voiture. Il suffit que tu m’emmènes près de la mer, là où on entend le cri des mouettes, le bruit des vagues, là où on peut s’arrêter 10 mn à un carrefour à réfléchir à la direction à prendre, sans se faire insulter par des voitures derrière.
Parce qu’il n’y en a pas des voitures. Ni de café non plus. Sans stress ni drogue, sans ruine du corps. Le réveil tonique, le soleil éclatant, la vitamine D insolente. Tout ce qui n’est pas Paris.
Le calme le soir, quelques oiseaux et insectes. Et c’est tout.

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

le bruit de la rosée le matin. Le soleil qui assèche tout dès qu’il monte un peu. La sève qui monte de l’intérieur pour te donner envie de dévorer la vie entière, d’avoir le monde à tes pieds.
Je lève mon pouce et même ma jupe si t’es beau gosse. Si tu me plais et que tu m’ouvres la portière. Que tu me prends et me promets de m’emmener en silence dans un monde de calme et d’honnêteté, sans stress ni métro, sans malheur. Sans haine. Sans violence. Juste la nature ailleurs, la route. comme dirait Tracy : You’ve got a fast car. Ok, on y va, lets go. Tu sais que tu me plais toi?
Ok, t’existe pas.
Je lève mon verre, si tu viens, si t’existes. Je lève mon verre, et pose les couverts pour te servir les meilleurs plats. Puis me laisser aller aux plus doux des délires, à l’abandon, enfin. Dans tes bras imaginaires.

Je lève mes fesses. Là, je ne peux plus attendre. T’es où ? T’existe ? Pourquoi devrais je attendre quelqu’un dont je ne sais même pas l’existence ? Qui change chaque année dans ma tête pour se transformer en fantasme différent. En homme parfois urbain et excité, parfois rural et silencieux. Viril, aux yeux bleus. Comme ce gars magnifique à la peau caramel et aux yeux couleur mer des tropiques. Au regard doux et aux traits féminins.
- Tssss. On ne vit qu’une fois, merde. Je devrais l’appeler.
- Il vit à St Brieuc
- Et alors, St Brieuc, ce n’est qu’à 6h d’ici. Et quoi, je ferai du Stop, avec une grosse plaque marquée : mer des tropiques sur lit de caramel. Vais me poster sur la N12, porte de St Cloud.

Je lève mon pouce, mon verre, ma jupe, mes fesses. Stand up. Tout, faut que ça bouge, faut que ça change. N’est pas honte de dire Fuck Off à Paris. Et quoi ? La plus belle ville du monde? les grandes avenues ? Les Invalides, les champs Elysées ? Nation ? Répu ? Montmartre ? Hey What the Fuck. Rien à foutre. Ca peut rester là, j’ai bien mis une croix sur Alger, cette ville qui a fait tourner la tête des plus grands de ce monde. Alors Paris, c’est du pipi de chat à coté, c’est piste verte. C’est impersonnel, trop grand, touristique, fatiguant, déprimant, gris, triste, pluvieux, mortel, froid, dangereux, anihilant.
N’ai pas honte d’accepter ton manque d’attachement à Paris, après tout ce temps, après que t’aies cru en l’amour. Et quoi ? Ils vivent là ? Qui ils ? ah, lui. Et lui aussi.
Seule ailleurs, à perdre la tête dans une solitude affolante.