la ville

Je marche seule, vite, dans les rues de cette grande ville américaine. Cette ville aux larges trottoirs, aux fameux festivals et à la jeunesse purulente.

Je marche seule, vite, pour rejoindre le bus qui m’emmènera dormir. Il est tard, le grand boulevard est occupé par une faune peu fréquentable, imbibée de bière, au regard fixe et sans expression.

Je marche vite, seule, pensant à toutes mes impasses, mes démons et mes angoisses. Je fronce les sourcils, me déhanche pour mettre une jambe loin devant l’autre, je regarde droit devant, sans voir personne, je dévisage les immeubles et regarde à peine la route meublée de tous cesvisages inconnus. Je passe entre les lignes, entre les gens. Une partie de moi aimerait se poser, marcher plus doucement, flâner, s’arrêter prendre une bière. Tenter de rencontrer des gens, connaître cette magnifique île par ceux qui l’habitent.

Mais je me sais trop loin de toute faculté à maîtriser les choses, je me sens étrangère, différente, méfiante, et ne tente même pas de regarder tous ces gens autour. Je suis perdue dans mes pensées et mes impasses amoureuses qui me font oublier jusqu’à la foule qui m’entoure.

Je regarde à nouveau vers le trottoir pour vérifier où je mets les pieds, et là, mon regard croise celui d’une femme, qui le chope et en profite pour m’envoyer un truc qui m’a complètement transformée, en un quart de seconde, le temps d’un sourire. J’étais tellement surprise qu’au lieu de le lui rendre, bêtement, je lui ai rendu des yeux ronds, genre “mais t’es qui toi ? Qu’est ce tu me veux?”

Et je l’avais déjà dépassée. Je suis restée bête quelques instants, comme anesthésiée par sa beauté brune, par cette évidence avec laquelle elle m’a souri. J’ai eu envie de faire demi-tour, d’aller lui dire bonjour, de l’inviter à prendre un verre, de l’accompagner pour un bout de chemin.

J’ai eu envie d’être avec elle un moment, d’être à elle et qu’elle m’enlève à ma propre vie qui me paraissait juste avant sans issue.

KLZ