C’était dans la forêt, avant que les oiseaux ne se taisent. J’avais couru. Beaucoup. Longtemps. J’en avais perdu le souffle. J’en avais perdu le sens des choses. L’orientation. J’étais prise d’une folie giratoire, la tête qui tourne, le vent fascinant faisant aller d’avant en arrière la cime des arbres sans ambage.

Je n’arrivais pas à me calmer, sentant mon coeur battre à vouloir sortir de ma poitrine, sentant mes cuisses dures et brûlantes, au bord de l’asphyxie acide. Je suis dans une sorte de connexion anaérobie avec les éléments de la nature. Seule enfin, plus qu’un aborigène, ayant dépassé ma condition la plus élémentaire avec toute l’animalité et la sensualité qui m’habite, je marche enfin et me délivre de toute ces contraintes qui m’alourdissent :houppelande, chemise, caleçon, chaussettes, montres, bijoux.

Je retrouve mon souffle doucement, si loin du carnage de la civilisation, chaque mouvement que je fais est en harmonie avec la nature. Je m’arrête enfin devant cet arbre centenaire. Les oiseaux se sont tus. Je le prends pour Dieu. Je suis en adoration. je me sens tellement mieux. Je suis enfin moi même.