L'exil et le royaume


Je lève mon pouce à celui qui veut me prendre, pour m’emmener loin de cette ville qui me grignote le cerveau. Je lève mon pouce et monte dans la voiture. Il suffit que tu m’emmènes près de la mer, là où on entend le cri des mouettes, le bruit des vagues, là où on peut s’arrêter 10 mn à un carrefour à réfléchir à la direction à prendre, sans se faire insulter par des voitures derrière.
Parce qu’il n’y en a pas des voitures. Ni de café non plus. Sans stress ni drogue, sans ruine du corps. Le réveil tonique, le soleil éclatant, la vitamine D insolente. Tout ce qui n’est pas Paris.
Le calme le soir, quelques oiseaux et insectes. Et c’est tout.

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

le bruit de la rosée le matin. Le soleil qui assèche tout dès qu’il monte un peu. La sève qui monte de l’intérieur pour te donner envie de dévorer la vie entière, d’avoir le monde à tes pieds.
Je lève mon pouce et même ma jupe si t’es beau gosse. Si tu me plais et que tu m’ouvres la portière. Que tu me prends et me promets de m’emmener en silence dans un monde de calme et d’honnêteté, sans stress ni métro, sans malheur. Sans haine. Sans violence. Juste la nature ailleurs, la route. comme dirait Tracy : You’ve got a fast car. Ok, on y va, lets go. Tu sais que tu me plais toi?
Ok, t’existe pas.
Je lève mon verre, si tu viens, si t’existes. Je lève mon verre, et pose les couverts pour te servir les meilleurs plats. Puis me laisser aller aux plus doux des délires, à l’abandon, enfin. Dans tes bras imaginaires.

Je lève mes fesses. Là, je ne peux plus attendre. T’es où ? T’existe ? Pourquoi devrais je attendre quelqu’un dont je ne sais même pas l’existence ? Qui change chaque année dans ma tête pour se transformer en fantasme différent. En homme parfois urbain et excité, parfois rural et silencieux. Viril, aux yeux bleus. Comme ce gars magnifique à la peau caramel et aux yeux couleur mer des tropiques. Au regard doux et aux traits féminins.
- Tssss. On ne vit qu’une fois, merde. Je devrais l’appeler.
- Il vit à St Brieuc
- Et alors, St Brieuc, ce n’est qu’à 6h d’ici. Et quoi, je ferai du Stop, avec une grosse plaque marquée : mer des tropiques sur lit de caramel. Vais me poster sur la N12, porte de St Cloud.

Je lève mon pouce, mon verre, ma jupe, mes fesses. Stand up. Tout, faut que ça bouge, faut que ça change. N’est pas honte de dire Fuck Off à Paris. Et quoi ? La plus belle ville du monde? les grandes avenues ? Les Invalides, les champs Elysées ? Nation ? Répu ? Montmartre ? Hey What the Fuck. Rien à foutre. Ca peut rester là, j’ai bien mis une croix sur Alger, cette ville qui a fait tourner la tête des plus grands de ce monde. Alors Paris, c’est du pipi de chat à coté, c’est piste verte. C’est impersonnel, trop grand, touristique, fatiguant, déprimant, gris, triste, pluvieux, mortel, froid, dangereux, anihilant.
N’ai pas honte d’accepter ton manque d’attachement à Paris, après tout ce temps, après que t’aies cru en l’amour. Et quoi ? Ils vivent là ? Qui ils ? ah, lui. Et lui aussi.
Seule ailleurs, à perdre la tête dans une solitude affolante.

L’immeuble se trouve au milieu de la cité. Pour y accéder, il faut traverser toute la cour, le parking et longer les immeubles voisins aux cages d’escaliers ouvertes et aux portes déversant délinquants extrémistes et terroristes éventuels imaginés.

18h30 en décembre, il fait déjà nuit. Il pleut. On ne voit pas plus loin que devant nos pieds, qui avancent, eux, guidés par la peur et la précipitation.
Les ombres, devant chaque cage d’escalier, se repèrent par le son des voix, par les murmures violents et menaçants. Les mains dans le dos, les poings serrés, j’avance aux cotés de mon frère et de Gérard, ancien prof d’aviron dans les années 70, meneur et entraineur de l’équipe championne de l’époque, aujourd’hui, simple étranger menacé, éventuel égorgé et statistique de plus pour les médias étrangers.

Je rêve d’un couteau dans la main, dans ce cauchemars, Je dois négocier avec eux, ces fous illuminés qui ne savent qu’égorger : non, nous ne faisons rien de mal. C’est un ancien ami de la famille. Il vit à Alger depuis plus longtemps que vous. Il est ici chez lui, et qu’il reste ou qu’il parte, qu’il vive ou meurt ne changera rien à votre existence.
Laisse nous passer, il habite dans l’immeuble en face.

Je rêve de couteaux plantés dans le dos de ces jeunes terros imaginés qui nous menacent par leur présence dans cette cité, dans ce cauchemar bien monté, de souvenirs, je rêve de la peur et me réveille en sécurité, seule, angoissée.

Je me bats en apnée contre les démons invisibles, puis m’écroule de fatigue comme un enfant après sa crise de larmes.

La haine meurt dans les anxiolytiques et renait de l’énergie d’un sommeil réparateur. Je ne comprends plus mes propres réactions. Je fronce les sourcils et avance, la haine au bout des cils, puis lance des regards défectueux. Plus je reçois des signes extérieurs et moins je comprends.

Je m’enferme et m’endors. Je forge mes idéaux et mes idées basses à créer un bouclier anti-réel. Pour m’enfermer dans un monde plus compréhensible et confortable, avec mes repères de l’enfance en adéquation avec le présent imaginé.

Ca ne fonctionne pas. Alors la haine remonte, contre moi-même, plus forte. Plus violente.

Le métal de l’arme sur la tempe, froid et douloureux, le crâne collé au mur ou à l’oreiller, je fantasme sur une mare de sang. Je confectionne une mosaïque d’images, un patchwork. Tantôt tes bras qui embrassent et confortent, ton corps allongé prés du mien et ta peau que j’avale et respire.

Tantôt la solitude réelle, fière mais stupide, et l’envie de fuir seule pour reconstruire nul part ce que je ne sais même pas détruire convenablement.

Puis à nouveau ta peau, et les souvenirs d’une intimité si naturelle et évidente, ne venant s’affronter avec rien, étant bien au-delà de mon passé, de mes idées et de toute vision des réalités qui font ce monde si complexe.

La haine résiste mais cède du terrain, idée par idée, sensation par sensation. Je m’éloigne et reviens. Allant du chaud au froid, du doux au violent, de l’apaisant à l’angoissée.

Fatiguée de ces voyages, je finis lasse et m’endors. Mon imagination déconnectée, ni tes bras ni cette arme ne sont dans le décors.

DZ16-080822

Je conseille de lire le petit feuilleton de Chawki Amari sur El watan. qui remplace qq temps son point zéro :

http://www.elwatan.com/Point-Zero

Je ne suis pas dans la critique. Et quand j’aime un auteur, j’aime l’aimer tout le temps que je l’aime. C’est quoi cette phrase bidon ? M’en fous. Au fond, ce ne sont que quelques lignes par jour, un style bien simple et à pein funky, pas le temps d’être à bout de souffle que la chronique est déjà finie.

Pas si simple au fond ? Peut être… Réussir à dérouler l’intrigue et à la faire évoluer malgré les 1500 signes castrateurs. Es tu dans la castration ? la jouissance ? le job alimentaire ?

Et alors, qu’est ce qui t’a fait entrer ? Tout le monde s’en fout de ses motivations pour l’écriture. L’essentiel, comme le disent tous, c’est ce qui reste.

Revenons à ce qui nous intéresse. D’où sortent ces personnages ? Ce couple qui décide de passer de l’autre coté de la méditerranée sur une petite barque ? cette fille de joie qui vient se confronter à l’amour ? Ce duel universel.

Ces gens aux rêves intacts et à la passion brûlante ?

Quelques lignes, et je pense à un autre temps. Le temps des rêves intacts et de la passion naïve. Le désir innocent et la foi entière. Tout est encore intègre, rien n’est usé, ni par le temps, ni par les désillusions.

J’ai les yeux grands ouverts et le regard qui brille vers un horizon que je veux mien et que j’aurai. Ce n’est qu’une question de jours, de stratégie. J’y crois. J’y vais.

Il n’y a ni peur ni entrave. Il n’y a que des alliés possibles où d’autres dont il faut prendre exemple. Il y a “la vie devant soi” et le monde à nos pieds. Il y a les pleines dents et la pomme juteuse. Il y a tout. Il n’y a plus qu’à foncer. Il y a l’énergie et la passion. Il y a l’envie et le besoin. Tout potentialisé. Tout pour toi.

Et pour tous ceux qui veulent y aller.

Il y a des gens qui rêvent encore dans ce pays. J’ai rêvé de le quitter. Depuis mon départ, je ne rêve plus. Et je m’étonne de lire dans tes textes des personnages qui croient, des personnages qui rêvent. des personnages qui espèrent et construisent. Vont ils laisser leur rêve sur cette petite embarcation ?

Alger n’est plus à l’heure de rien. En dehors de toute évolution cohérente, elle tourne en roue libre vers une fin certaine. Comme l’avenue de l’apocalypSe, l’autoroute voit filer des chevaux de feu sans immatriculation ni identité. Des hommes courbés, sportifs, chétifs, vétus d’un beau blouson en cuir de motard à plus de 1000 € la peau, sur une moto au moins 10 fois plus cher, roulent à une vitesse défiant toute physique, se faufilant entre des voitures cabossées qui font du code de la route une mythologie greco-romaine. Mais quelle importance, tout est gratuit. Tout est donné. L’argent est dans le puits. Le bonheur est dans le très. le trop. le beaucoup. l’argent, le choufounisme (le m’as-tu-vu en cfran). Une première moto passe, et s’efface à l’horizon sans même qu’on ait le temps de comprendre.

- Des flics en civil

- Ils n’ont pas le droit, n’est ce pas ? Ils n’ont pas de tenue, la moto n’est pas aux couleurs de la flicaille

- Justement si, ils ont tous les droits.

- ce ne serait pas plutôt ces habitués là ? Ceux qui font tous les ans de la vitesse de fous avec leur moto ?

- Non, eux n’ont pas le droit de rouler sans immatriculation

Puis une deuxième qui a l’air de le suivre, d’être en retard. Alors elle roule plus vite. Il n’y a que le son de son passage et une tâche noire au loin, dans la nuit, avec le clignotant gauche.

Des flics en civil sur des motos saisies roulent à 200 sur l’autoroute de la plage. Celle qui enterre des centaines de chauffards et autres innocents conducteurs à coup de virages anodins. Des flics en civil qui tracent vers les zones protégées et dédiées de la côte. Tout leur appartient. L’autorité est synonyme de réussite. La petite merde qui garde le parking de club des pins a tous les pouvoirs et peut faire de ta journée un enfer s’il veut. Il détient tout. Il est présent comme le grain de sable pour que plus rien ne tourne pour toi. A chaque rouage du quotidien. Stationner sa voiture; se déplacer; fréquenter les plages fréquentables; récupérer un extrait de naissance; récupérer de l’argent à la poste ; aller à l’hopital.

Il n’y a d’ordre que là où l’argent sert officiellement d’échange. Si tu veux acheter du bien matériel alors on peut s’entendre. Les relations humaines deviennent évidentes, simples, écrites, claires.

Surtout ne pas compliquer l’équation, ne pas demander plus. Ne pas chercher plus loin.

Les gens ne se parlent plus, ils s’agressent. S’interpellent, se cherchent. se sentent. Se disputent et s’entretuent souvent. les gens ne respirent plus, ils crachent et râlent, transpirent et puent. La hiérarchie n’est plus. C’est à celui qui aura la connaissance. A celui qui aura le culot. L’insolence. Le manque d’éducation. C’est à celui qui aura le moins de scrupules à te marcher dessus. Celui là sera devant, sera le premier et aura les portes ouvertes. Celles de la plage, du bonheur, de l’argent. du puits.

C’est à celui qui trouvera ça nooormal et qui vivra l’incohérent comme une évidence. La ville est à bout de souffle, je la vois étouffée, agonisante, transformée. suppliante.

Détestée

Les yeux qui piquent, la gueule de bois avant demain. Déjà, la tête dans le cul.

Les mots se bousculent dans ma tête, les gens, les regards, les amis d’amis. les fesse-bouké, les surbouqués, les soirées suprenantes. Et Paris en décors. Paris qui se fait chaque jour plus discrète, que l’on arrive enfin à oublier. Enfin.

On n’est plus là pour elle, on commence à être là pour soi. Pour vivre.

Elle, toujours, ses rues majestueuses, ses foules enivrantes, sa population si variée qu’on ne peut la décrire. Ces gens qui sortent jusqu’à pas d’heure, partout. Cette vie dans un musée à ciel ouvert, dans certains quartiers. L’immeuble qui donne confiance. Chez soi rassurée. Le hall de l’immeuble, le début du boulevard. l’idée de la présence des proprios, de la concierge. La ville, familière. Je suis chez moi, chez les autres. Je suis à la maison, étrangère. Paris n’est plus aussi envahissante.

Des soirs à tenter d’enchainer avec cohérence. Des jours à en oublier l’impossibilité. Des lieux parfois pour y penser. Comme ici. Des moments rares, propices. Comme ce soir. Dans une solitude apaisante et non douloureuse. Avec la lumière douce d’un soir silencieux. Le vent tombé, la mer morte au loin et les drogues oubliées. Toutes les drogues. Les autres sans agression, sans transgression. Juste là, en dehors de moi.

A Paris, trop rarement. Le temps pour ça n’est pas prévu. Le temps pour penser, réfléchir et se remettre en question n’existe pas. Personne ne l’a jugé utile. Au contrainte, est il contre productif ? Réfléchir à cette incohérence qui nous fait filer droit vers un vide puissant, un vide qui aspire avec ivresse et ignorance. Les jours qui filent. Plus on court, plus ils filent vite. Comme s’il y avait un phénomène d’entrainement. Notre capacité à s’auto éclabousser est en relation directe et exponentielle avec le gâchi ambiant.

Ailleurs. Parfois. On a la chance de pouvoir s’extraire de la masse gluante urbaine sur-développée, et on arrive à se laisser distraire pour mieux s’extraire et se déparisianniser… L’air du soir qui donne à l’esprit un titre de transport vers des idées enchainées les unes aux autres. idées transportées par le vent qui caresse le visage, par le bruit des oiseaux qui dansent cette ronde de la nuit.

Hey what the F***.

Je suis un animal social mais c’est dans la solitude sereine que je veux me retrouver. Avec les autres, mais en dehors des autres. Avec les autres, dans un monde différent, parallèle, ni pollué, ni pollueur. Sans perturbé ni perturbateur. Ai-je droit à la cohérence ? Il n’y a plus ni guerre, ni famine. Il n’y a pas de fossé social ni d’injustice flagrante. Il y a la Terre, et ce coin du monde qui me va si bien. Il y a les autres qui le peuplent. Et il y a mes autres que je veux sentir autour. Puis il y a moi. Pourquoi moi, en dehors de cette équation ? Pourquoi cette terre pour certains et pas pour d’autres ? Pourquoi ces plages uniquement à ceux qui ont pris le parti de les détruire ? de les salir ? et pas à ceux qui les ont respectées tout ce temps ?

Pourquoi, alors que guerres et injustices sont derrière nous, pourquoi aujourd’hui, la cohérence a l’air de filer. Juste maintenant, alors que nous tenons à la construire. Alors que nous en avons besoin pour avancer, ici, et ne pas sentir ce déchirement.
Hey, what the F**K.

 

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je retrouve parfois des petits bouts chez les autres, et ça m’interpelle, ravivant une mémoire morte. Ceux que je croise, que j’ai fréquentés un temps et que je rencontre aujourd’hui par hasard; ceux que je lis. Ces gens qui font partie d’un passé que je ne comprends plus, dont j’ai perdu le fil. J’ai parfois l’impression de me rencontrer furtivement. Ah ! Là, j’aurai pu être elle. J’ai eu envie un jour de devenir ce qu’il est lui.

Je vais griller tous les fesses-boucs au barbe-cul pour voir mon passé se confondre dans un ultime feu de joie éphémère et respirer les fumées de moi qui s’évaporent et se perdent.

Puis cette sensation étrange disparait, s’éloigne, après un éclair de l’esprit, une lumière vers le passé où je me sentais un instant voyante. Puis je ne saisis plus.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je m’enveloppe à nouveau dans ce monde inconnu qui me fait froncer les sourcils, celui qui m’amène aux larmes angoissées et me transforme en une gelée glissante dans mes draps pourris. Celui qui se mèle au bruit des voitures dans Paris, celui qui se nourrit des foules du métro et des journées pluvieuses. Le soleil lui même est un souvenir flou. L’air de la mer, l’humidité algéroise. La lumière qui élargie le champ de vision, qui te donne l’impression que tu vas pouvoir, d’un petit élan, te jeter dans l’eau bleue de la baie d’Alger(Mais quand on se rapproche, elle est verte). Les goûts, les odeurs, les bruits, la lumière, putain, la lumière.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. J’ai perdu le fil de mon histoire personnelle. Il n’y a plus rien en moi. J’ai cette impression très désagréable et froide de nudité. Plus rien à vêtir qui me corresponde. j’ai usé le pull en laine tricoté par ma mère, de ses propres mains. Je l’ai mal porté, puis usé à force de trainer là où je n’avais rien à faire, visiblement. J’ai l’impression de ne plus avoir de contexte, d’être insensée. Plus que déracinée, le passé est un mélange de sensations confuses qui viennent à moi par vagues. Tout vient à moi comme une gifle de sensations que je ne peux plus vivre. Puis ça disparait. Je n’ai même plus les souvenirs.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je n’ose même plus me parler à la première personne. Je ne sais plus si j’existe ni où j’existe.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Et il n’y a pas un chat autour, pour jouer avec les fils qui trainent.

KLZ

Les yeux fermés, ton odeur est encore plus forte, me monte à la tête.

Elle passe par les poumons pour me presser le cœur. J’en ai des palpitations, des suffocations. Une arythmie. Vite ! Prendre la pilule, celle qui fait qu’on arrête de penser. Dormir, la tête lourde dans l’oreiller. Dormir comme on meurt, détaché.

Je pense à toi et ça me file des vertiges. Je n’ai pourtant rien bu. Ah si, peut être. Une caipiroska. Ou deux. Ou plus encore. Vodka : disloking people

Heureusement qu’il y a du citron vert : 5 fruits et légumes par jour qu’ils disent. A mon 8ème verre de ‘tit punch, vais me faire une overdose de fruits. Convulsions au jus de citron vert. Etouffé par la pulpe.

 

J’ai des vertiges alors je m’allonge. J’ai la tête pleine de toi alors je m’endors. Et je rêve des autres. Des peuples dans ma tête. Chaâb, democratyia.

Je me réveille encore plus fracassée, habitée par les occupants de ma nuit, à mélanger les sensations, les intonations de voix, les odeurs, les regards, les univers.

Le sien, à elle, un retour violent de boomerang ; elle que j’avais oublié, que je croyais sortie de ma tête : elle était en fait cachée plus profondément.

 

Quelle histoire. Quelle folie. La couleur de ses yeux.

Faut que j’arrête le vin blanc sucré.

 

KLZ

8 Mars 2008, journée internationale des Femmes.

A cette occasion, et afin de forcer l’égalité, je propose de proposer à ceux qui décident de l’instauration des journées internationales (d’ailleurs c’est qui ça ? Non, non, je crois pas que ce soit le Bon Dieu.) que le 9 Mars devienne la journée des Hommes.

D’après ce que j’ai vu, eux aussi en ont bien besoin, en plein désarroi avec la nouvelle place des Femmes dans la société. (Une enquête menée par l’Agence nationale de recherche sur le Sida sur la sexualité des Français dit que 20% des petits gars de 18/24 ans ne s’intéressent pas au sexe ni au couple. Ils ne sauraient peut être plus comment s’y prendre avec ce nouvel être féminin qui leur fait face)

Et surtout, ça les calmerait peut être. Ça ne serait plus possible pour eux de faire de tous les autres jours de l’année une anti-journée des Femmes. Ça ferait peut être enfin réfléchir les plus violents d’entre eux, ceux qui alimentent les quotas de femmes battues. Ce serait une journée pour réfléchir à la différence des statuts et places des femmes et des autres dans la société. Aux différences que l’on ne pourra jamais effacer, à ce rapport homme-femme qui restera à jamais empreint d’une animalité naturelle et indélébile; mais surtout aux moyens que nous devons mettre en œuvre, nous “animaux sociaux” dotés d’une certaine intelligence, pour vivre avec toutes ces différences dans le respect de l’autre, en réprimant tout instinct violent.

«En France, tous les trois jours, une femme meurt victime de violences conjugales. Parlez-en avant de ne plus pouvoir le faire: appelez le 3919».

A Alger, où l’hypocrisie sociale est telle que les choses n’existent que dans leur superficialité, et où la langue – ou plus justement l’analphabétisme bilingue – sert d’alibi pour traiter le sujet à la légère, ils ont traduit “journée des femmes” par “fête de la femme” en Arabe (la langue des langues).

Dans cette ville que je connais si bien au point qu’elle me soit chère – malgré moi – les femmes ce jour là ont leur après midi de libre. Elles sortent des cuisines, des écoles et des bureaux et vont, une fois n’est pas coutume, prendre un verre entre copines dans un salon de thé mixte. Elles se baladent dans les rues très vite surpeuplées une rose à la main. Eh oui, les hommes, élégants et gentlemen souhaitent une bonne “fête de la femme” à celles qui les entoure en offrant des fleurs ou quelques friandises. Ça dure le temps d’un café et ça n’a pas plus de sens qu’un sucre qui fond dans une mixture trop chaude et imbuvable.

Le 09 Mars, Journée des Hommes, vous en pensez quoi ?

KLZ

Présentations de “Fragments du désert” par Cubilot M’harhar.

Ce texte vient résoner avec une réflexion que je couve, latente, depuis quelques semaines et qui surgit parfois, appelé par un ciel profond, un paysage envoutant, des souvenirs marins.
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Quelle contradiction : sentir à quel point la pesanteur urbaine nous noie dans le superficiel alors que des environnements puissants de nature comme le désert nous élèveraient vers les profondeurs de notre esprit. Cet apaisement qui permet d’entendre le murmure de notre âme, ses grondements, ses bruissements ; alors que la ville, bruyante, étouffante, nous aveugle de tout ce rien polluant qu’elle ne cesse de remuer en permanence.

Parfois, un matin de ciel bleu, l’esprit, par cette ville, enclavé, il suffit de lever la tête et de laisser son regard couler avec le mouvement des petits nuages blancs, là haut, et une vague nous élève vers des sensations d’apaisement, et les souvenirs reviennent. Des souvenirs de sensation. Celle par exemple que la nature t’appartient, l’impression de vie qui devient plus forte, et qui, d’un lourd silence, fait circuler un vacarme apaisant de tes oreilles aux plus profondes synapses : le cerveau comme massé par les doigts de Dieu.

Ne plus rien entendre d’autre que le silence imposant de l’harmonie ; et cette sensation encore plus engloutissante d’être un des éléments de l’harmonie.Vivre quelques jours dans cette configuration harmonieuse au point que le corps la prenne comme naturelle, au point qu’il n’y ait plus ni violence, ni contradiction; Au point que le temps s’allonge à l’infini et n’existe plus que par la différence de caresses que procure le vent sur la peau.

Le POUVOIR de défier l’horizon d’un regard CONSTANT et STABLE, de déceler sa courbure si légère. L’air frais et marin dans les narines et le gout du sel sur les lèvres ; les yeux qui prennent la lumière et le vent froid, l’impression d’être enveloppée dans une étendue de ciel bleu, d’étoiles, d’une mer capricieuse. La sensation d’être abandonné en paix et de ne faire plus qu’un avec la nature, avec les autres éléments.

Alors quelle contradiction inconcevable, toutes ces constructions humaines ?

Pourquoi l’homme a-t-il construit et monté ces énormes tombeaux urbains qui nous noient dans une multitude de sensations superficielles : bruits, odeurs, paysages de béton, parcs artificiels, rien n’est en accord avec la nature, avec une conception harmonieuse de l’espace. Et pourquoi cette démarche d’aller vivre et s’exiler dans des zones de plus en plus urbaines, des mégapoles destructrices, des villes de moins en moins humaines ?

Alors qu’il suffirait de faire le choix inverse, celui de rester dans une ville qui offre ses soupapes de naturel, ou alors mieux : de quitter les environnements construits et surfaits pour des endroits qui favorisent l’harmonie, la paix.

Post-Scriptum : Un questionnement qui revient continuellement poser ce problème ahurissant : pourquoi l’exil ? Rester figée par la question « pourquoi partir ?» alors qu’avec la plus naturelle des absurdités, je sui déjà de l’autre coté.

Semaine 50, j’ai les yeux qui brûlent.
Le feu n’est pas éternel, alors faut en profiter. A quoi ça sert de faire dans l’économie, de toute façon, il finira par s’éteindre.
Vite. En profiter maintenant qu’il y en a beaucoup, que ça brûle et que ça tue, tout de suite; maintenant que c’est incandescent.Après, ça ne sera qu’une douce flamme, froide. Si la lumière n’éclaire plus, elle aura beau durer, elle ne servira à rien.
La vie, je la consomme maintenant, tout de suite. En happy hour, quitte à être saoule à 20h et à ne pas profiter du soir. Quitte à mourir avant demain.

Semaine 50, Paris retrouve son manteau hivernal, sa gueule de salope qui n’a peur de rien, qui n’aime pas la nature et qui ne nous laisse pas profiter du soleil. Il ne fait soleil qu’entre 3 et 4, les quelques beaux jours de décembre; le reste du temps, mieux vaut avoir privilégié le confort. Sinon chez toi, c’est juste une mauvaise cachette, un nid mal foutu, ou le froid entre par dessous les portes, par les fenêtres.
Sans aucun équilibre : dehors, c’est froid et humide, dedans, c’est chaud et sec. J’en ai mal à la tête, mal à la gorge. Alors que mon moral s’assèche, j’en oublie que ma terre est plus accueillante, qu’il me suffit de prendre mon billet retour, de rentrer chez ma mère.

J’oublie, et j’attends que ça passe, me rappelant les doux et chauds moments d’un Paris ensoleillé, où la notion de froid est remplacé par le frais.

La bière est si agréable à prendre en terasse. Que le soleil tape, on n’en aura jamais assez.

Mes yeux brûlent, et je ne veux pas que le froid les éteigne; ni Alger, mon impasse. Mes yeux brûlent et je veux continuer de gouter à la vie, aux autres, avec autant de saveur qu’en été, autant de couleur qu’au printemps.

Je veux être tout aussi appétissante que peuvent l’être ces pêches juteuses. Je veux être à contre-temps, anti-cyclique.

L’ANTI-GHORBIQUE Qu’elle est douce, la douleur, quand on la partage. On en serait presque heureux…

Paris 2006. Fin de semaine 11. L’hiver a l’air de fléchir un peu.

L’exil n’est plus un déchirement, c’est un terrassement. Mieux vaut oublier notre condition jusqu’à la fin de l’hiver. Mieux vaut fermer les yeux, rentrer la tête dans les épaules et attendre que le gris passe à une autre couleur. Au loin, le printemps brille aussi faiblement que le soleil de ce week end. Mais il brille quand même ! Alors nous, les nouveaux parisiens en hypo-soleil chronique, nous sortons à nouveau.

Surtout ne pas oser se souvenir du ciel bleu d’Alger, de celui qui brûle de sa beauté et de sa profondeur. A Paris, l’hiver a la gueule de bois. Au point que pour le concert de ce week end, y a qu’à jouer dehors, sous une tente. Le froid ne fait plus peur, l’hiver est maintenant un ennemi que l’on peut combattre. Alors jouons sous la tente ! Jouons toute la nuit. Je suis rouge et je ne me soignerai pas, dit Mustapha par son exposition. Je suis “coopérant artistique” dit il encore pour masquer son statut d’exilé. Ou était ce un autre sage s’aventurant dans la philosophie de la ghorba ?

Sous quel thème vais je encore te décliner ? Douleur. Quelle couleur vais je t’attribuer ? Vais-je encore appeler mon enfance ? Vais je encore sentir l’essence de ma chair vibrer par son absence ? Vais je encore voir les maisons de mes grands parents, les rues d’Alger, la lumière aveuglante ? Vais je encore voir les mains fripées de mon grand père et sa peau brune séchée prendre le soleil comme une évidence ? Vais-je encore m’abriter, démunie, dans ce mouvement ghorbique regroupant le Maghreb dans sa pluralité la plus spectaculaire ? Me sentant unie à tous ces gens qui dansent dans le froid de la banlieue parisienne ou encore dans la chaleur de la rue jean pierre thimbaud, alors qu’à Alger, je ne voyais que nos différences. C’est pourtant si doux d’oublier ce qu’on est venu faire – surtout d’oublier qu’on ne sait pas ce qu’on est venu fait. C’est pourtant si bon de retrouver ce qu’on a finalement fui. Nous voici donc à Paris et dans sa banlieue, en mars 2006, week end 11. Le CPE fait gronder les jeunes et les cars de CRS bloquent le boulevard Saint Michel. Il fait froid à en être congestionné. Mais nous on s’en fout, on joue. Nous, on s’en fout, on danse! Mustapha à Bagneux pour une Jam session totalement improvisée, avec des amis. L’Alimentation Générale, dans le quartier de la rue St Maur est au max : plus de 400 personnes. Les groupes s’enchaînent et se déchaînent sur scène, pour le plaisir d’un public boulimique, affamé de souvenirs et d’amour.

Lila porte des lentilles et découvre combien les gens sont beaux. L’ont ils toujours été ou est ce un nouveau regard que tu portes ? Peut être est ce le printemps ? Peut être est ce l’union ? Peut être est ce la musique, notre religion, notre communion anti-ghorbique, qui les apaise et laisse fleurir la beauté de tous, pour un plaisir unique. Hafidh et son frère pour la musique de mon enfance, les gumbri laissant place aux basses et guitares électriques. Les percussions dans tous les sens et la flûte traversière enfantant l’harmonie. Le spectacle commence à 16h pour s’achever après minuit. Ou peut être plus tard ? Je ne suis pas restée, parce qu’à 23h30, demain était déjà là. La nuit aurait pu être plus longue, le partage prolongé avec des amis d’un soir, mais demain aurait été encore plus violent. Parce que dehors, Paris ne cède rien. Son métro est encore là pour nous ramener au chaud, comme il est là pour nous montrer la misère, l’humanité exclue de cette machine mega-urbaine, ces pauvres hommes qui dorment sous la couverture, sur un banc, pendant que nous… Nous attendons le prochain métro.

[…]Les mots ne coulent pas ce soir… Les phrases ne se suivent pas et la pensée est hachée… Mes mots ne veulent pas crier le même discours que cette ghorba affligeante.Quand j’étais algéroise, je n’avais que du mépris pour ce discours meskinisant. Aujourd’hui, bien que je le comprenne et en ressente les brûlures les plus douloureuses, je sais que cette émotion n’est pas constructive, et je ne dois pas en faire l’écho, même si c’est tentant. Parce que l’Algérie n’est pas sortie de sa merde noire et de son pétrole gluant, dans lesquels elle s’est empêtrée. Parce que l’Algérie reconstruit le schéma de sa bombe et de son auto-destruction. Parce que je voudrai que tous les miens soient ici, avec moi, ou du moins quelque part ou l’on peut construire, et non pas moi, là bas, avec eux. Parce que si je suis là, dans ce froid, dans ce gris, à pleurer d’exil, c’est parce que j’ai le choix de préférer ça à l’Algérie. Parce que justement, j’ai choisi la fuite et la séparation et je l’ai préférée à cet Algérie qui ne promet que l’état d’urgence, la violence, l’islamisme, la soumission des femmes, la précarité de ma condition, à vie. Parce qu’entre la soumission et l’épanouissement, le choix parait si simple que l’on se sent con de douter.

Parce que je préfère taire la douleur avant qu’elle ne m’étouffe.