Pause sur le présent. J’ouvre ‘La baie d’Alger” de Louis Gardel et entre dans un passé que je n’ai pas connu, un Alger que mes parents et grand parents m’ont conté avec nostalgie, amertume et douleur. Quelque chose du paradis, un coin de soleil et de fraicheur, une mer et des plages magnifiques, une ville à taille humaine, des soirées au bord de l’eau, des relations simples entre les communautés, des gouts et des saveurs, des ballades à cheval dans les forêts de pins, des pique-niques au bord de l’eau. Un coin de paradis sur la côte nord de l’Afrique, mais accessible à un petit nombre : les colons, les riches, quelques bourgeois musulmans, et c’est tout.

Et c’est tout. Le reste de la population n’existe pas dans l’histoire de cette ville, de ce pays; si ce n’est en terroristes barbares qui veulent faire du mal au paradis et tout détruire, tout saccager.

Cachée, la misère de tous les autres, dans les ruelles de la casbah, et dans les villages des montagnes. Tue, la barbarie de l’armée et de ceux qui ont le pouvoir, sur un peuple silencieux.

Non, ce n’est pas le propos de ce livre magnifique qui ajoute une couche de douleur au syndrome du pied noir par des souvenirs enfin contés. Il y a le ciel bleu, l’adolescence, l’énergie, les envies de justice et de pureté, l’ignorance de l’existence des autres. L’ignorance et l’envie de continuer de vivre sa vie douce et caressante sans en savoir plus, sans comprendre ce qui pourrait tout détruire, dans son petit monde; ce qui a tout détruit. Sans avoir le temps de se retourner. Il est déjà si tard.

Il y a ceux qui sont lésés depuis le début, qui se battent et se débattent pour récupérer un peu de vie et de bonheur; et il y a ceux qui avaient la vie et le bonheur, la ville et la baie, et qui, du jour au lendemain, ne peuvent plus ni en jouir, ni même la partager.

Il y a cette tournure radicale : la baie d’Alger, c’est blanc, ou c’est noir; et c’est un coup de pied au cul pour trop de monde depuis trop longtemps.

Alger idéale, où tout le monde vit ensemble, dans le respect des uns et des autres, profitant tous de cet air frais, de ce soleil de plomb et de l’air de la mer : quel belle utopie.

Je lève mon pouce à celui qui veut me prendre, pour m’emmener loin de cette ville qui me grignote le cerveau. Je lève mon pouce et monte dans la voiture. Il suffit que tu m’emmènes près de la mer, là où on entend le cri des mouettes, le bruit des vagues, là où on peut s’arrêter 10 mn à un carrefour à réfléchir à la direction à prendre, sans se faire insulter par des voitures derrière.
Parce qu’il n’y en a pas des voitures. Ni de café non plus. Sans stress ni drogue, sans ruine du corps. Le réveil tonique, le soleil éclatant, la vitamine D insolente. Tout ce qui n’est pas Paris.
Le calme le soir, quelques oiseaux et insectes. Et c’est tout.

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

Les Autostoppeurs, Kito - Sculptures en liberté - Pointe de Bilfot Plouézec - Côtes d'Armor

le bruit de la rosée le matin. Le soleil qui assèche tout dès qu’il monte un peu. La sève qui monte de l’intérieur pour te donner envie de dévorer la vie entière, d’avoir le monde à tes pieds.
Je lève mon pouce et même ma jupe si t’es beau gosse. Si tu me plais et que tu m’ouvres la portière. Que tu me prends et me promets de m’emmener en silence dans un monde de calme et d’honnêteté, sans stress ni métro, sans malheur. Sans haine. Sans violence. Juste la nature ailleurs, la route. comme dirait Tracy : You’ve got a fast car. Ok, on y va, lets go. Tu sais que tu me plais toi?
Ok, t’existe pas.
Je lève mon verre, si tu viens, si t’existes. Je lève mon verre, et pose les couverts pour te servir les meilleurs plats. Puis me laisser aller aux plus doux des délires, à l’abandon, enfin. Dans tes bras imaginaires.

Je lève mes fesses. Là, je ne peux plus attendre. T’es où ? T’existe ? Pourquoi devrais je attendre quelqu’un dont je ne sais même pas l’existence ? Qui change chaque année dans ma tête pour se transformer en fantasme différent. En homme parfois urbain et excité, parfois rural et silencieux. Viril, aux yeux bleus. Comme ce gars magnifique à la peau caramel et aux yeux couleur mer des tropiques. Au regard doux et aux traits féminins.
- Tssss. On ne vit qu’une fois, merde. Je devrais l’appeler.
- Il vit à St Brieuc
- Et alors, St Brieuc, ce n’est qu’à 6h d’ici. Et quoi, je ferai du Stop, avec une grosse plaque marquée : mer des tropiques sur lit de caramel. Vais me poster sur la N12, porte de St Cloud.

Je lève mon pouce, mon verre, ma jupe, mes fesses. Stand up. Tout, faut que ça bouge, faut que ça change. N’est pas honte de dire Fuck Off à Paris. Et quoi ? La plus belle ville du monde? les grandes avenues ? Les Invalides, les champs Elysées ? Nation ? Répu ? Montmartre ? Hey What the Fuck. Rien à foutre. Ca peut rester là, j’ai bien mis une croix sur Alger, cette ville qui a fait tourner la tête des plus grands de ce monde. Alors Paris, c’est du pipi de chat à coté, c’est piste verte. C’est impersonnel, trop grand, touristique, fatiguant, déprimant, gris, triste, pluvieux, mortel, froid, dangereux, anihilant.
N’ai pas honte d’accepter ton manque d’attachement à Paris, après tout ce temps, après que t’aies cru en l’amour. Et quoi ? Ils vivent là ? Qui ils ? ah, lui. Et lui aussi.
Seule ailleurs, à perdre la tête dans une solitude affolante.

L’immeuble se trouve au milieu de la cité. Pour y accéder, il faut traverser toute la cour, le parking et longer les immeubles voisins aux cages d’escaliers ouvertes et aux portes déversant délinquants extrémistes et terroristes éventuels imaginés.

18h30 en décembre, il fait déjà nuit. Il pleut. On ne voit pas plus loin que devant nos pieds, qui avancent, eux, guidés par la peur et la précipitation.
Les ombres, devant chaque cage d’escalier, se repèrent par le son des voix, par les murmures violents et menaçants. Les mains dans le dos, les poings serrés, j’avance aux cotés de mon frère et de Gérard, ancien prof d’aviron dans les années 70, meneur et entraineur de l’équipe championne de l’époque, aujourd’hui, simple étranger menacé, éventuel égorgé et statistique de plus pour les médias étrangers.

Je rêve d’un couteau dans la main, dans ce cauchemars, Je dois négocier avec eux, ces fous illuminés qui ne savent qu’égorger : non, nous ne faisons rien de mal. C’est un ancien ami de la famille. Il vit à Alger depuis plus longtemps que vous. Il est ici chez lui, et qu’il reste ou qu’il parte, qu’il vive ou meurt ne changera rien à votre existence.
Laisse nous passer, il habite dans l’immeuble en face.

Je rêve de couteaux plantés dans le dos de ces jeunes terros imaginés qui nous menacent par leur présence dans cette cité, dans ce cauchemar bien monté, de souvenirs, je rêve de la peur et me réveille en sécurité, seule, angoissée.

C’est vrai, pour “rebondir” sur le commentaire d’Ait Kaci d’un ancien billet (cliquer ici pour le lire) que la lecture du roman de Chawki Amari m’a laissé une impression étrange, persistante, malgré le temps qui passe et les livres que je lis qu’à moitié ces temps ci.

Le désert : humain, à portée de main, différent, réel. décalé aussi. Une Algérie telle qu’on aime la lire et la voir. Que l’on croit parfois perdue, détruite, d’un autre temps. D’un imaginaire collectif communiste enfoui chez l’ancienne génération qui a vécu la fin de la guerre d’indépendance, les années Boum, la fin tragique algérienne du 20e s. et le tout consommation de 2008.

Il faut plus de témoignages, d’écrits et de preuves de la richesse, de la différence si elles existent. Chawki, c’est vrai tout ça ?

Nous avons besoin de héros, de personnages algériens. Sentir qu’il n’y a pas qu’une masse uniforme et homogène mais autant de personnalités, de caractères et de “différences positives” qu’il y a d’individu.
C’est peut être là un des apports majeurs de la littérature contemporaine : lutter contre  les obscurantismes réducteurs, témoigner des richesses, différences et originalités. Alors, les zoteurs, vous attendez quoi fichtre ?

Ou peut être est ce le Sud ? Avec sa sécheresse et sa “stérilité”; il serait plus propice à la liberté des individus ? Enfermés dans une immensité qui aliène, nous réalisons la relativité de la notion de liberté. Nous ne sommes pas plus libres dans un désert de sable sans fin qu’ailleurs. Mais là, il y a de la place pour errer à l’intérieur de soi, il y a le temps de réaliser que l’espace autour n’est rien. Le mur peut m’encercler ou ne pas exister. L’espace de liberté n’est rien de plus qu’une construction mentale. Les algériens sont ils libres ? certains ? tous ? Quelle est donc cette masse homogène, gluante et “séquestrante” qui m’effraie et me fait fuir ? Est elle réelle ou est ce le fruit de mon imagination et de mes angoisses sociales ?

Chawki, tu dis quoi toi ? Pourquoi tous ces clandestins jetés à la mer, tués aux frontières par des passeurs criminels ? Le désert, et Aprés ? Ok, je mélange les sujets. L’exil, c’est pour l’argent. Pas pour la quête de liberté. Ah bon ?

Habib Ayoub, tu dis quoi toi ?

J’ai les yeux qui brûlent du désir d’y croire. Et la tête qui éteint toutes ces bêtises pathétiques d’un petit jet de larmes froides.

Embouteillages Alger

Je te casse la gueule. Dans mes rêves les plus jouissifs. Je te crache à la figure, et y mets toute mon énergie. Sur ta face, sur tes livres. Sur ton histoire, qu’y me remonte comme on vomit. J’en ai des nausées et plus je me souviens et plus c’est acide. L’oesophage qui brule. J’ai des remontées de notre premier baiser.

La couleur de cet arbre, dans cette rue immonde qui monte, qui descend.

Là, je connais un raccourci pour prendre l’autoroute. Tu te souviens ? Naïve et croyante ? Un petit chemin qui t’emmène à l’aventure. Droit vers la mer, en faisant le tour. En passant par la côte. Le soleil couchant qui perturbe l’esprit, modifie la vision. Tout est orange. Suffit de fermer les yeux et de rouler. T’es sûre de bien te faire mal.

Petit raccourci que personne ne connait. Sauf les vrais, les purs, de cette ville sans noblesse. Petit raccourci qu’aujourd’hui, à l’usure, tout le monde empreinte, tout le monde connait. Petit raccourci aux arbres violets. Maintenant que tout le monde le prend, ce petit chemin, que les voitures s’empilent et que l’autoroute est à une heure d’embouteillage d’ici, mais à 300 m à vol de pigeon pourri. J’ai le temps, au volant de cette belle petite caisse, de contempler la couleur de ces foutus arbres, dans cette foutue ville où même la lumière ne vient plus, tant y a rien à voir, rien à éclairer. Putain de lumière algéroise. T’es plus là pour adoucir. Tant vous avez tout saccagé. Tout gâché, tout menti, tout trompé. Tous partis. Alors je ne contemple pas. C’est trop moche. Mais j’ai le temps de vomir les souvenirs qui remontent cette rue encombrée qui descend. J’ai pris trop de café. J’ai le sphincter œsophagien que ne se ferme plus. Je voudrais tout rendre et qu’on en finisse. Mais c’est dans les trips, c’est mon amylase, c’est mon suc gastrique. J’ai le truc qu’a la trique.

Alors ne plus croire personne, ne plus avoir envie, que la porte sonne, que l’espoir de l’oubli, te rende encore plus conne, la la la la la li, … …. ….

Des soirs à tenter d’enchainer avec cohérence. Des jours à en oublier l’impossibilité. Des lieux parfois pour y penser. Comme ici. Des moments rares, propices. Comme ce soir. Dans une solitude apaisante et non douloureuse. Avec la lumière douce d’un soir silencieux. Le vent tombé, la mer morte au loin et les drogues oubliées. Toutes les drogues. Les autres sans agression, sans transgression. Juste là, en dehors de moi.

A Paris, trop rarement. Le temps pour ça n’est pas prévu. Le temps pour penser, réfléchir et se remettre en question n’existe pas. Personne ne l’a jugé utile. Au contrainte, est il contre productif ? Réfléchir à cette incohérence qui nous fait filer droit vers un vide puissant, un vide qui aspire avec ivresse et ignorance. Les jours qui filent. Plus on court, plus ils filent vite. Comme s’il y avait un phénomène d’entrainement. Notre capacité à s’auto éclabousser est en relation directe et exponentielle avec le gâchi ambiant.

Ailleurs. Parfois. On a la chance de pouvoir s’extraire de la masse gluante urbaine sur-développée, et on arrive à se laisser distraire pour mieux s’extraire et se déparisianniser… L’air du soir qui donne à l’esprit un titre de transport vers des idées enchainées les unes aux autres. idées transportées par le vent qui caresse le visage, par le bruit des oiseaux qui dansent cette ronde de la nuit.

Hey what the F***.

Je suis un animal social mais c’est dans la solitude sereine que je veux me retrouver. Avec les autres, mais en dehors des autres. Avec les autres, dans un monde différent, parallèle, ni pollué, ni pollueur. Sans perturbé ni perturbateur. Ai-je droit à la cohérence ? Il n’y a plus ni guerre, ni famine. Il n’y a pas de fossé social ni d’injustice flagrante. Il y a la Terre, et ce coin du monde qui me va si bien. Il y a les autres qui le peuplent. Et il y a mes autres que je veux sentir autour. Puis il y a moi. Pourquoi moi, en dehors de cette équation ? Pourquoi cette terre pour certains et pas pour d’autres ? Pourquoi ces plages uniquement à ceux qui ont pris le parti de les détruire ? de les salir ? et pas à ceux qui les ont respectées tout ce temps ?

Pourquoi, alors que guerres et injustices sont derrière nous, pourquoi aujourd’hui, la cohérence a l’air de filer. Juste maintenant, alors que nous tenons à la construire. Alors que nous en avons besoin pour avancer, ici, et ne pas sentir ce déchirement.
Hey, what the F**K.

 

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je retrouve parfois des petits bouts chez les autres, et ça m’interpelle, ravivant une mémoire morte. Ceux que je croise, que j’ai fréquentés un temps et que je rencontre aujourd’hui par hasard; ceux que je lis. Ces gens qui font partie d’un passé que je ne comprends plus, dont j’ai perdu le fil. J’ai parfois l’impression de me rencontrer furtivement. Ah ! Là, j’aurai pu être elle. J’ai eu envie un jour de devenir ce qu’il est lui.

Je vais griller tous les fesses-boucs au barbe-cul pour voir mon passé se confondre dans un ultime feu de joie éphémère et respirer les fumées de moi qui s’évaporent et se perdent.

Puis cette sensation étrange disparait, s’éloigne, après un éclair de l’esprit, une lumière vers le passé où je me sentais un instant voyante. Puis je ne saisis plus.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je m’enveloppe à nouveau dans ce monde inconnu qui me fait froncer les sourcils, celui qui m’amène aux larmes angoissées et me transforme en une gelée glissante dans mes draps pourris. Celui qui se mèle au bruit des voitures dans Paris, celui qui se nourrit des foules du métro et des journées pluvieuses. Le soleil lui même est un souvenir flou. L’air de la mer, l’humidité algéroise. La lumière qui élargie le champ de vision, qui te donne l’impression que tu vas pouvoir, d’un petit élan, te jeter dans l’eau bleue de la baie d’Alger(Mais quand on se rapproche, elle est verte). Les goûts, les odeurs, les bruits, la lumière, putain, la lumière.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. J’ai perdu le fil de mon histoire personnelle. Il n’y a plus rien en moi. J’ai cette impression très désagréable et froide de nudité. Plus rien à vêtir qui me corresponde. j’ai usé le pull en laine tricoté par ma mère, de ses propres mains. Je l’ai mal porté, puis usé à force de trainer là où je n’avais rien à faire, visiblement. J’ai l’impression de ne plus avoir de contexte, d’être insensée. Plus que déracinée, le passé est un mélange de sensations confuses qui viennent à moi par vagues. Tout vient à moi comme une gifle de sensations que je ne peux plus vivre. Puis ça disparait. Je n’ai même plus les souvenirs.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je n’ose même plus me parler à la première personne. Je ne sais plus si j’existe ni où j’existe.

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Et il n’y a pas un chat autour, pour jouer avec les fils qui trainent.

KLZ

8 Mars 2008, journée internationale des Femmes.

A cette occasion, et afin de forcer l’égalité, je propose de proposer à ceux qui décident de l’instauration des journées internationales (d’ailleurs c’est qui ça ? Non, non, je crois pas que ce soit le Bon Dieu.) que le 9 Mars devienne la journée des Hommes.

D’après ce que j’ai vu, eux aussi en ont bien besoin, en plein désarroi avec la nouvelle place des Femmes dans la société. (Une enquête menée par l’Agence nationale de recherche sur le Sida sur la sexualité des Français dit que 20% des petits gars de 18/24 ans ne s’intéressent pas au sexe ni au couple. Ils ne sauraient peut être plus comment s’y prendre avec ce nouvel être féminin qui leur fait face)

Et surtout, ça les calmerait peut être. Ça ne serait plus possible pour eux de faire de tous les autres jours de l’année une anti-journée des Femmes. Ça ferait peut être enfin réfléchir les plus violents d’entre eux, ceux qui alimentent les quotas de femmes battues. Ce serait une journée pour réfléchir à la différence des statuts et places des femmes et des autres dans la société. Aux différences que l’on ne pourra jamais effacer, à ce rapport homme-femme qui restera à jamais empreint d’une animalité naturelle et indélébile; mais surtout aux moyens que nous devons mettre en œuvre, nous “animaux sociaux” dotés d’une certaine intelligence, pour vivre avec toutes ces différences dans le respect de l’autre, en réprimant tout instinct violent.

«En France, tous les trois jours, une femme meurt victime de violences conjugales. Parlez-en avant de ne plus pouvoir le faire: appelez le 3919».

A Alger, où l’hypocrisie sociale est telle que les choses n’existent que dans leur superficialité, et où la langue – ou plus justement l’analphabétisme bilingue – sert d’alibi pour traiter le sujet à la légère, ils ont traduit “journée des femmes” par “fête de la femme” en Arabe (la langue des langues).

Dans cette ville que je connais si bien au point qu’elle me soit chère – malgré moi – les femmes ce jour là ont leur après midi de libre. Elles sortent des cuisines, des écoles et des bureaux et vont, une fois n’est pas coutume, prendre un verre entre copines dans un salon de thé mixte. Elles se baladent dans les rues très vite surpeuplées une rose à la main. Eh oui, les hommes, élégants et gentlemen souhaitent une bonne “fête de la femme” à celles qui les entoure en offrant des fleurs ou quelques friandises. Ça dure le temps d’un café et ça n’a pas plus de sens qu’un sucre qui fond dans une mixture trop chaude et imbuvable.

Le 09 Mars, Journée des Hommes, vous en pensez quoi ?

KLZ

- « Dernière étape pour vous, Ya djma3a, la dernière farce du voyage. Nous passerons la nuit ici. » (djma3a = groupe)

J’ouvre les yeux et découvre le paysage désertique qui s’offre à moi, malgré la pénombre dont je ne sais plus si elle présage du soir ou du matin. Le soleil reste aveuglant malgré tout et mes yeux distinguent à peine : des dunes au sable orangé, parsemées de roches noires et imposantes. Je fais le tour du panorama ; aller ; retour. Je n’arrive pas à comprendre, à distinguer. Telle est donc la dernière mauvaise blague de ces djinns du désert : un paysage reconstruisant à l’aide de roches noires et de sable fin, à l’identique, le peu de décoration qu’il y a dans ma chambre chez mes parents. Un premier massif rocailleux en face de moi, imposant, érigé tel deux tours fines et longues, représentant les bras du vélo elliptique; à ma droite, un mont plus compact, ressemblant étrangement à la grosse valise que j’avais laissée à Alger sur cette horrible table en bois, puis à l’extrême gauche, une dune de sable, assez plate, entourée de petites roches, rappelant le petit lit ou dort le petit, quand il vient chez ses grands parents. Tout autour, un sable fin, orange par le soleil couchant, parsemé de cailloux, telle une dalle de sol.
Je ne sais plus si je descends du Toyota 4×4 ou de mon lit quand j’ose poser le pied à terre. Le temps de cette jambe qui se tend, je ne sais pas si le sol que je vais fouler est celui de ma chambre ou s’il est aussi consistant que le sable fin du désert, instable par les pierres qu’il y a tout autour, ou plutôt de ce mélange de pierres et de crottes de chameau séchées que Laarbi fume quand il n’a plus de cigarettes.

Sous mes pieds, il fait aussi froid qu’à la maison et quand je laisse le vélo elliptique à ma gauche, je réalise de plus en plus que je me dirige vers la porte. Je l’ouvre. Il ne s’agissait que de ces rideaux rouges qui ont coloré tout le blanc en rose, me laissant croire qu’un nouveau paysage désertique du tassili N’ajjer allait encore me surprendre.

Présentations de “Fragments du désert” par Cubilot M’harhar.

Ce texte vient résoner avec une réflexion que je couve, latente, depuis quelques semaines et qui surgit parfois, appelé par un ciel profond, un paysage envoutant, des souvenirs marins.
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Quelle contradiction : sentir à quel point la pesanteur urbaine nous noie dans le superficiel alors que des environnements puissants de nature comme le désert nous élèveraient vers les profondeurs de notre esprit. Cet apaisement qui permet d’entendre le murmure de notre âme, ses grondements, ses bruissements ; alors que la ville, bruyante, étouffante, nous aveugle de tout ce rien polluant qu’elle ne cesse de remuer en permanence.

Parfois, un matin de ciel bleu, l’esprit, par cette ville, enclavé, il suffit de lever la tête et de laisser son regard couler avec le mouvement des petits nuages blancs, là haut, et une vague nous élève vers des sensations d’apaisement, et les souvenirs reviennent. Des souvenirs de sensation. Celle par exemple que la nature t’appartient, l’impression de vie qui devient plus forte, et qui, d’un lourd silence, fait circuler un vacarme apaisant de tes oreilles aux plus profondes synapses : le cerveau comme massé par les doigts de Dieu.

Ne plus rien entendre d’autre que le silence imposant de l’harmonie ; et cette sensation encore plus engloutissante d’être un des éléments de l’harmonie.Vivre quelques jours dans cette configuration harmonieuse au point que le corps la prenne comme naturelle, au point qu’il n’y ait plus ni violence, ni contradiction; Au point que le temps s’allonge à l’infini et n’existe plus que par la différence de caresses que procure le vent sur la peau.

Le POUVOIR de défier l’horizon d’un regard CONSTANT et STABLE, de déceler sa courbure si légère. L’air frais et marin dans les narines et le gout du sel sur les lèvres ; les yeux qui prennent la lumière et le vent froid, l’impression d’être enveloppée dans une étendue de ciel bleu, d’étoiles, d’une mer capricieuse. La sensation d’être abandonné en paix et de ne faire plus qu’un avec la nature, avec les autres éléments.

Alors quelle contradiction inconcevable, toutes ces constructions humaines ?

Pourquoi l’homme a-t-il construit et monté ces énormes tombeaux urbains qui nous noient dans une multitude de sensations superficielles : bruits, odeurs, paysages de béton, parcs artificiels, rien n’est en accord avec la nature, avec une conception harmonieuse de l’espace. Et pourquoi cette démarche d’aller vivre et s’exiler dans des zones de plus en plus urbaines, des mégapoles destructrices, des villes de moins en moins humaines ?

Alors qu’il suffirait de faire le choix inverse, celui de rester dans une ville qui offre ses soupapes de naturel, ou alors mieux : de quitter les environnements construits et surfaits pour des endroits qui favorisent l’harmonie, la paix.

Post-Scriptum : Un questionnement qui revient continuellement poser ce problème ahurissant : pourquoi l’exil ? Rester figée par la question « pourquoi partir ?» alors qu’avec la plus naturelle des absurdités, je sui déjà de l’autre coté.