La bloguerie, quel beau délire égocentrique et narcissique.
Créer un espace que l’on décore, arrange et meuble pour y accueillir des inconnus indéfinis à l’infini. Inventer un personnage qui signe des posts misérables, fait des étincelles de mots d’une idée banale, d’une émotion parmi tant d’autres. Pas d’inquiétude, ceci est un exercice. Le feu ne prend jamais.
Et se laisser aller au lyrisme des phrases qui s’enchainent. Manipuler son esprit pour arriver à croire… Que le message posté dans cet espace virtuel à tous ces gens qui ne sont réels que quand ils quittent Internet nous rendrait plus vivant, marquerait notre présence et structurerait notre existence dans un espace en dehors de la réalité. Signer et marquer son existence d’un clic décidé et convaincu. Surtout vainqueur, car il prend le dessus sur le dehors, sur le réel. La communication avec l’autre n’est plus vitale. Avec les posts de mon deuxième moi, je compense. Aujourd’hui je blogue. Demain, je vous oublie. Et tous, vivants ou blogueurs, je vous emmerde.
Puis attendre avec une profonde contradiction, une nerveuse excitation que les uns commentent, que les autres s’amusent, que tous flattent. Ou accusent. Peu importe, qu’ils donnent de l’importance, du temps, des mots, qu’ils laissent exprimer leur personnage virtuel, qu’ils dialoguent avec Kellouza ou avec un autre. Une autre. Peu importe. Tout est factice, artificiel, jeune et joli, plus haut que le ciel. En dehors de nous. En dehors de tout.
Et l’excitation de la rencontre. Même par écran interposé. Ca fonctionne. La quéquète aux aguets. De nouvelles amitiés. Sans jamais s’attarder. Sans jamais s’arrêter. Surtout sans jamais réaliser que derrière, ils sont réels, tout autant que moi. Ensevelis dans des codes sociaux qui nous interdisent de créer, d’arranger, de meubler puis d’accueillir les inconnus à l’infini. Des codes sociaux qui ne permettent pas de laisser une émotion ou une idée contaminer tout un échange, une relation. Chacun sa place. Les normes sont à respecter.
Merci à ceux qui sont réels ou qui vont le devenir. Je lutte afin que l’artifice ne m’éblouie pas.
