La solitude est vertigineuse quand la nature offre un spectacle si éblouissant.

On sent la vie à chacun de nos pas, la survie de chaque animal, chaque insecte dans cet univers hostile.

Moi, dans mik confort du 21e s., avec ces routes et ces aménagements, ces vestes techniques et Les chaussures de rando, Les crèmes solaires et un refuge où s’abriter à chaque col. Le ventre plein, Les chevaux de la voiture qui nous emmènent la où waze nous porte. Que du confort et ce spectacle autour à couper le souffle.

Il n’y a rien de plus, pas un mot à dire. 

Je suis là et je profite oubliant l’étau parisien et la vie active sans queue ni tête.

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J’écris ces quelques mots sur ce blog abandonné comme on enverrait une bouteille à la mer depuis une île déserte.

Je lance cet appel silencieux dans le vide de la toile où les présences artificielles d’inconnus de passage viennent soulager un instant mes angoisses noires. Y a t-il quelqu’un ?

Je meurs d’un silence intérieur qui ressemble au vertige sous des pieds peureux.

Jai mal aux entrailles, entre les tripes et Les poumons, quelquepart où j’aimerais mettre Les doigts pour presser très fort et écrabouiller toute trace de vie.

J’aimerais écraser mon angoisse comme on marche sur un cafard, une araignée, une petite bête.

J’aimerais, avec cette petite mort, que mon souffle s’arrête pour de bon et que ma solitude ne soit plus, ni pour moi ni pour personne.

Je cris des mots sourds dans un pays où les aveugles vivent ensemble, heureux et divertis.

J’ai l’impression d’être la seule à avoir la vue … sur rien, à entendre tout ce silence assourdissant, à ne plus rien sentir si ce n’est le vide sous mes pieds qui n’osent plus avancer.

Tous ces gens aveugles et moi qui souffre d’un mal de plus en plus fort, de plus en plus présent.

Vite, que la vie me rattrape, que le futile me submerge, que Les obligations me prennent, que toutes ces choses matérielles m’enfouissent sous un tas de rien du tout, que la vie prenne le dessus et me tue à petit feu afin que je ne sente plus rien, que je m’habitue.

Afin que moi aussi, je perde la vue.

KLZ

Aout 2017 / Alpes du Nord

Fais chauffer, Marcel. Hum, hum…

Chawki Amari Nationale 1Ca fait un bail que je ne suis pas venue là. Je ne connais plus les paroles ni la musique. J’ai même fermé les portes à un moment, orienté les projecteurs vers d’autres aventures. J’ai cherché d’autres issues, d’autres contacts.
mais l’écriture est là. Les mots aussi. Et Vous ? Qui c’est vous ?
Personne, alors je peux bien continuer…
J’ai trouvé « Nationale 1 » de Chawki Amari dans une librairie poussiéreuse des rues d’Alger. J’ai eu du mal à le trouver celui là. Je n’ai pas pu lire toutes les nouvelles de « A 3 degré vers l’est ». La lecture des nouvelles de Mister Amari s’accompagnait d’un ennui et d’une lenteur agaçante. Le style ne m’a pas donné envie d’aller plus loin.
Sur Nationale 1 aussi, parfois un peu de longueurs dans ses lignes, mais un bon roman. Il tient quelque chose, avec sa fibre de géologue, son amour des mots et son désir de dire les Algériens. Avec surtout cette aisance à parler de l’Algérie, de l’Afrique, comme on peut lire l’Italie chez Eri de Luca ou l’Amérique latine chez Mario Vargas Llosa.
Et c’est ça qui fait du bien.
Il y a les noms des villes, la fureur de la végétation du nord, la minéralité sèche et déprimante du désert. Il y cette absurdité constante dans laquelle évoluent les personnages. Une absurdité qui tourne autour de la mort, du terrorisme, et une peur enrobée d’humour et de patience qui rendent les personnages si attachant. Des gars, des pommés, des routards, des gendarmes qui subissent l’absurde de l’Algérie des années 90.
Absurde mais violent. Absurde mais dévastateur, ce temps où ce p’tit gars traverse l’Algérie du nord au sud, en commençant par chercher le PK0 et en allant jusqu’en bas avec une petite Atos… En bas ou en haut… peu importe.

Nationale 1, un « road book » qui décrit avec précision et humour ce que les années de plomb ont ajouté à l’histoire torturée de l’Algérie.

Nationale 1, Chawki Amari, Casbah Editions, 250 DA / Disponible également sur internet pour le reste du monde

PS : interview de C.A. disponible ici : http://www.babelmed.net/Pais/Méditerranée/Littérature/index.php?c=2490&m=319&k=4&l=fr

Chawki Amari - A trois degrés, vers l'est / Chihab éditions

Chawki Amari - A trois degrés, vers l'est / Chihab éditions

Toujours aussi amusant, frais, parfois un peu maladroit, je ne me lasse pas de l’univers absurde et touchant de Chawki Amari.

« Mais non, Drid est inspecteur. Un inspecteur comme il y en a beaucoup dans les commissariats de quartier et la littérature policière. Il a les yeux raides, les cheveux dépareillés, signe d’un âge avancé, et le menton à peu prés au milieu du visage… »

J’adore cette description. Là aussi complètement absurde, à contre pied. Comment peut-on avoir les yeux raides et les cheveux dépareillés ? A la limite les cheveux raides et les yeux dépareillés ? 🙂 mais non, Drid est si vivant, si humain, si touchant… un peu con avec son menton au milieu du visage. Mais on l’imagine bien : prognate autant que fégnasse, avec les dents du bas qui pourraient aller gratter le front pour l’aider à réfléchir.

Une vraie faiblesse sur les personnages féminins pourtant, du moins pour l’instant… comme si Chawki avait peur de trop s’en approcher. Elles sont belles, elles n’ont pas froid aux yeux, mais au fond, ces femmes algériennes, il n’y a pas beaucoup d’auteur masculin qui les comprenne.

Je reviendrai sur ce point quand j’aurai refermé le livre. D’ici là, pour ceux qui ne l’ont pas encore entre les mains, voici un résumé qui m’évitera d’en faire un : http://www.babelmed.net/Pais/M%C3%A9diterran%C3%A9e/%C3%A2a_trois.php?c=3831&m=34&l=fr

Lisez les auteurs contemporains algériens, lisez donc, ils raffraichissent !

KLZ

I think I have to write something down. « Ok. Ce n’est pas amoureux ». Ok… Encore une fois l’éternelle question, pourquoi écrire? En fait, cette question est un prétexte, une intro bidon. C’est juste une question à la con, pour la chauffe, histoire de répéter mes gammes. ALors Marcel, tu dis quoi? Ca chauffe un peu là ?

A quoi tu penses gars ? (Photo KLZ)

J’ai comme des histoires qui tournent en boucle dans ma tête. Je me ballade dans la rue avec une « Open face », une substance liquide dans le cerveau qui s’écoule par les rides d’expression, mon visage qui dégouline de désir de me connecter aux autres : je suis comme une éponge, je capte tout ce qui passe autour. Les gens croisent mon regard et voient sur cette open face un open bar, une invitation à regarder, tenter, parler, croire. Je ne suis pas seule, jamais. entourée de temps de gens qui habitent cette si grande ville et qui sont si proches de toi dès que tu as le visage ouvert. A n’attendre que ça finalement.

Je prends cette attitude que je ne maîtrise pas. Je suis là, détendue, ouverte, « preneuse ». Et magie! je reçois. Tout le monde me parle, me regarde, me souris, m’accroche. Je prends un peu mais pas trop, pour ne pas me retrouver dans le premier lit qui m’ouvre ses draps. Les filles me demandent leur chemin, le nom des stations. Les hommes me regardent avec intensité, me parlent, me disent bonsoir. Je croise leur regard et je sens, comme Rena*, que ça fonctionne, qu’il se mette à me désirer comme des robots; je n’ai qu’à appuyer sur le bouton avec mes yeux.

Je suis juste complètement là, maintenant et ici, comme Erra**. J’arrive à être présente et consciente dans le réel et le moment présent. C’est rare. Je veux dire : ce n’est pas évident, ni tout le temps, ni à chaque fois. C’est difficile à commander, faut avoir les dispositions et l’humeur qui va avec. Ca arrive certaines fois et là j’ai l’impression de capter la ville entière.

Je rentre chez moi. C’est l’heure des derniers métros. Je passe devant ce distributeur automatique de boissons et autre cochoneries hyper sucrées et caloriques. Cette grosse machine rouge statique et inerte sur le bord des quais à cette habitude systématique de m’extraire de mes pensées, de me distraire quelques secondes. J’ai l’esprit joueur, alors je me dis qu’à chaque fois je peux tenter ma chance. Ce n’est pas une machine à cochoneries, c’est une machine à sous. Je passe devant ce distributeur à cochoneries comme un joueur passerait devant un casino.

Celui ci, sur ce quai, est particulier. Il me raconte à chaque fois que je passe qu’il m’arrive de gagner. Il me rappelle aussi mon mini coté punk comme dirait l’autre, la fois où j’avais trouvé dans ce distributeur une bouteille de limonade a moitié coincée dans le système; un bon coup de poing bien placé et la bouteille était dans mes mains. J’avais gagné la machine, j’avais récupéré le butin; elle qui arnaque tant de fois les pauv’ et honnêtes gens.
Mais dès que je gagne, je culpabilise. C’est le revers de cette médaille perverse et complètement débile. Alors vite je m’en débarasse, j’offre la bouteille de jus de fruits à un ivrogne endormi à la mort sur le quai.
Ce soir là, je repasse devant et là héhé : elle est chargée avec quelques sous. J’appuie sur les boutons 2 et 3 et des barres chocolatées tombent dans mes mains. Yes, j’ai gagne, jack pot ! je suis chanceuse, tonight c’est mon soir.
Et quelques fractions de secondes plus tard, mon estomac se noue, mon oesophage se ferme et je culpabilise; pourquoi moi ? ca ne m’appartient pas, c’est du vol ! tsss. Tiens, je vais partager le butin avec ce Monsieur qui travaille pour nettoyer la station et qui change les poubelles.
Je l’interrompt, lui dis bonsoir, lui propose le chocolat. Le monsieur est surpris. Il me regarde et accepte volontier et heureux ce petit geste. Moi je m’en vais plus légère et mangerai sans culpabilité aucune la moitié du butin que j’ai gardé pour moi.

Bravo H. ! Heureusement qu’il y a des blogs pour écrire ces histoires qui ont si peu d’intérêt. Seule, dans les rues de Paris, mon cerveau vieillit et utilise les repères qu’il peut pour tenir chaque jour jusqu’au sommeil. Pour passer le temps, il me raconte des histoires et m’invente des chansons. Il y a du monde dans ma tête. Alors j’invite les gens et les souvenirs avec mon open face et ma nostalgie.
ICi le chocolat, cette folie délicieuse qui m’accompagne et m’assure un plaisir constant. Puis les machines à s’amuser pour voir si tu gagnes, comme une gamine qui débarque devant un rayon entier de confiseries, avec un vice caché « c’est meilleur quand c’est volé ». Et enfin le petit geste à celui qui nettoye les rues, qui me rappelle ma grand mère dans les rues d’Alger.
Elle donnait à chaque fois des sommes que je trouvais importantes quand je n’avais que 6 ans à ce monsieur au visage d’ange et frappé par le soleil qui nettoyait avec un balais de sorcière et une grosse poubelle sur roulette toutes les rues d’Alger.
Il avait cette attitude et ce regard si reconnaissant quand ma grand mère passait lui donner quelques affaires ou quelques billets. J’avais l’impression de vivre dans un conte de fées, de marcher sur de la mousse, de ne voir que des gens doux, gentils et aimants.
Des années plus tard, vieilli, je le croisais encore, toujours à travailler et à gagner son pain à force de sueur.Je ne pouvais passer devant lui sans lui donner un billet ou quelques pièces. Je doublais les sommes de ma grand mère, mais dans ma main, cet argent paraissait vide et sans consistance. De quoi s’acheter quelques briques de lait et un peu de pain et l’argent coulait. Nous n’étions plus à la même époque, ce qui valait 100 il y a 10 ans ne valait plus que 5. L’homme avait toujours cette peau marquée par le soleil, plus que jamais, et toujours cet air reconnaissant et humble, cette façon de se déplacer et de regarder le monde faite de respect et de sagesse. Mais la ville tout autour était une jungle, un four, un enfer, et moi seule, sans les mains de ma grand mère pour m’accrocher, je ne marchais plus sur du coton ni sur un nuage, mais sur un fil entouré d’un vide énorme et dangereux qui te prendra pour te broyer. tôt ou tard.

*Rena : Magnifique et courageux personnage principal d’Infrarouge de Nancy Huston (ACte Sud, 2010)
** Erra : AUtre fabuleux et magnifique personnage principal de « Lignes de faille, Nancy Huston (Acte Sud, 2006)

Achetons, achetons, achetons. la société d’hyper consommation. je gagne de l’argent, donc je le dépense. Je le dépense, donc j’en gagne, ou du moins j’essaie. Je m’habille toujours différemment, j’ai le cuir pour le sac et les gants, je visite tous les jours les ventes privées en ligne, je connais par coeur le numéro de ma carte bleue. je dépense, j’achète, je clic, je mange, je montre, je me la pète avec mon manteau, je fais les soldes, ou pas.

Je possède, je suis heureuse. toujours pas de soleil, pas d’amour, pas de partage, pas de nature. juste des objets, du plastique, des hydrocarbures, de la consommation, une voiture, des meubles, des shoes, des hauts, des bas. des bas pour remonter la pente.

Plus de poésie, plus rien de ce genre. plus de soleil, plus de camus, plus de philo, plus de recul. Que de l’objet, des objectifs chiffrés. « Mais être actif, c’est perdre son temps, dans la mesure où l’on se perd ». [Camus, l’envers et l’endroit].

Hin ? quoi ? des vacances, le ski, mais biensûr, il faut faire comme tout le monde, aller à la montagne, au ski. Etre comme tous ces autres, montrer son coup de soleil, son bronzage, ses muscles. Sa forme, avoir bonne mine. Etre toujours au top.

« Mais c’est curieux tout de même comme nous vivons parmi des gens pressés. »  [idem]

Malheureuse avec tous ces objets. Malheureuse sans le soleil et le dépouillement d’une place déserte sous le soleil de midi un beau et silencieux jour d’été.

 

#Roman #littérature #LouisGardel #LaBaied’Alger

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Pause sur le présent. J’ouvre « La baie d’Alger » de Louis Gardel et entre dans un passé que je n’ai pas connu, un Alger que mes parents et grand parents m’ont conté avec nostalgie, amertume et une douleur maquillée de fierté nationaliste. Quelque chose du paradis, un coin de soleil et de fraîcheur, une mer et des plages magnifiques, une ville à taille humaine, des soirées au bord de l’eau, des relations simples entre les communautés, des goûts et des saveurs, des ballades à cheval dans les forêts de pins, des pique-niques au bord de l’eau. Un coin de paradis sur la côte nord de l’Afrique, mais accessible à un petit nombre : les colons, les riches, quelques bourgeois musulmans, et c’est tout.

Et c’est tout. Le reste de la population n’existe pas dans l’histoire de cette ville, de ce pays; si ce n’est en terroristes barbares qui veulent faire du mal au paradis et tout détruire, tout saccager.

Cachée, la misère de tous les autres, dans les ruelles de la casbah, et dans les villages des montagnes. Tue, la barbarie de l’armée et de ceux qui ont le pouvoir, sur un peuple silencieux.

Non, ce n’est pas le propos de ce livre magnifique qui ajoute une couche de douleur au syndrome du pied noir par des souvenirs enfin contés. Il y a le ciel bleu, l’adolescence, l’énergie, les envies de justice et de pureté, l’ignorance de l’existence des autres. L’ignorance et l’envie de continuer de vivre sa vie douce et caressante sans en savoir plus, sans comprendre ce qui pourrait tout détruire, dans son petit monde; ce qui a tout détruit. Sans avoir le temps de se retourner. Il est déjà si tard.

Il y a ceux qui sont lésés depuis le début, qui se battent et se débattent pour récupérer un peu de vie et de bonheur; et il y a ceux qui avaient la vie et le bonheur, la ville et la baie, et qui, du jour au lendemain, ne peuvent plus ni en jouir, ni même la partager.

Il y a cette tournure radicale : la baie d’Alger, c’est blanc, ou c’est noir; et c’est un coup de pied au cul pour trop de monde depuis trop longtemps.

Alger idéale, où tout le monde vit ensemble, dans le respect des uns et des autres, profitant tous de cet air frais, de ce soleil de plomb et de l’air de la mer : quelle belle utopie.