L’autre


– « Je te l’ai dit et je te le redis encore une dernière fois, et t’as intérêt à ouvrir grand tes petites oreilles et ta petite cervelle : tu ne parles pas, tu ne dis rien, tu ne parles à personne, t’as compris ? Quand tu voyages avec moi, quand tu es avec moi, tu n’ouvres pas la bouge, ma thalich foumek. Soussem. j’ai dit Soussem. »

– « Mais je voulais juste demander… »

– « Soussem, je t’ai dit khelki foumek, tu ne parles pas, tu la fermes. »

– « C’est pour les numéros, les places »

– « La prochaine fois, tu voyageras toute seule, tu ne viendras pas avec moi, tu prendras toute seule l’avion. je t’ai dit tu te tais. Toi, tu ne connais rien, tu ne comprends rien, tu es bête, ma kritich, ma ta3arfi walou. Moi je sais lire, je sais trouver ma place tout seul, j’ai besoin de personne, je n’ai pas besoin de demander. »

– « eh, mais le stewart saksani… »

-« Soussem, je t’ai dit tais toi, tu te tais. Tu fermes ta bouche, tu comprends quand je te parle ? Tu es avec moi, tu ne parles pas, tu ne regardes pas. C’est moi qui donne les passports, qui cherche les places et qui parle avec les policiers. Toi, tu ne fais rien. Tu me suis et tu te tais. Tu ne comprends rien, il faut toujours que tu demandes et que tu montres ton ignorance. Moi je sais, je n’ai pas besoin que tu me fasses honte, je n’ai besoin de personne, je sais me débrouiller, tu comprends ça ? Toi tu es nulle, tu ne sais rien, mais si tu veux voyager avec moi, alors TU LA FERMES ! »

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Vol Paris Alger, entre un homme et une femme

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J’ai les yeux qui brûlent du désir d’y croire. Et la tête qui éteint toutes ces bêtises pathétiques d’un petit jet de larmes froides.

Embouteillages AlgerJe te casse la gueule. Dans mes rêves les plus jouissifs. Je te crache à la figure, et y mets toute mon énergie. Sur ta face, sur tes livres. Sur ton histoire, qu’y me remonte comme on vomit. J’en ai des nausées et plus je me souviens et plus c’est acide. L’oesophage qui brule. J’ai des remontées de notre premier baiser.

La couleur de cet arbre, dans cette rue immonde qui monte, qui descend.

Là, je connais un raccourci pour prendre l’autoroute. Tu te souviens ? Naïve et croyante ? Un petit chemin qui t’emmène à l’aventure. Droit vers la mer, en faisant le tour. En passant par la côte. Le soleil couchant qui perturbe l’esprit, modifie la vision. Tout est orange. Suffit de fermer les yeux et de rouler. T’es sûre de bien te faire mal.

Petit raccourci que personne ne connait. Sauf les vrais, les purs, de cette ville sans noblesse. Petit raccourci qu’aujourd’hui, à l’usure, tout le monde empreinte, tout le monde connait. Petit raccourci aux arbres violets. Maintenant que tout le monde le prend, ce petit chemin, que les voitures s’empilent et que l’autoroute est à une heure d’embouteillage d’ici, mais à 300 m à vol de pigeon pourri. J’ai le temps, au volant de cette belle petite caisse, de contempler la couleur de ces foutus arbres, dans cette foutue ville où même la lumière ne vient plus, tant y a rien à voir, rien à éclairer. Putain de lumière algéroise. T’es plus là pour adoucir. Tant vous avez tout saccagé. Tout gâché, tout menti, tout trompé. Tous partis. Alors je ne contemple pas. C’est trop moche. Mais j’ai le temps de vomir les souvenirs qui remontent cette rue encombrée qui descend. J’ai pris trop de café. J’ai le sphincter œsophagien que ne se ferme plus. Je voudrais tout rendre et qu’on en finisse. Mais c’est dans les trips, c’est mon amylase, c’est mon suc gastrique. J’ai le truc qu’a la trique.

Alors ne plus croire personne, ne plus avoir envie, que la porte sonne, que l’espoir de l’oubli, te rende encore plus conne, la la la la la li, … …. ….

Désolée, je me trouve vraiment nulle d’être descendue si bas en utilisant comme tête de gondole un évènement people sans intérêt.

Que le temps efface à coup de posts saccadés mon erreur et mes tentations.

Commençons vite. Commençons bien. Commençons par honorer ceux qui innovent. Voici un extrait d’un blog très marrant, francophone, et tout…

Je me permets de « Ctrl + V » cet extrait, en espérant que l’auteur ne se formalise pas.

Conseil vif et éclairé : visitez la page de l’auteur http://murbella.wordpress.com/2006/06/18/le-grand-nord/

C’est de l’humour genre… Têtes à claques. Bravo à Marie et Boreale Rousse 😉

K.K

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Extrait d’un chat sur msn.

[…] Marie dit : je viens de penser à qqch de bien pire: les derniers p’tits carrés de papiers de toilettes…
Boreale Rousse dit : jy ai pensé en parlant des kleenex
Marie dit : surtout qd t’a vraiment aucun choix que d’utiliser celui qui est collé
Marie dit : je suis pas mal certaine d’avoir sérieusement envisagé l’utiliser encore collé sur le rouleau plutot que de l’avoir en mille morceaux
Boreale Rousse dit : avec le rouleau…[…]

Me voici, espiègle, à vous attirer dans un e-piège. Ne vous inquiétez pas, il ne vous sera fait aucun mal. Vous n’êtes pas pris en otage. Pour partir, il suffit de cliquer sur la croix en haut, à droite.

Mais maintenant que vous êtes là, entrez, ne restez pas devant la porte. Installez vous. Mettez vous à l’aise.

Laissez moi vous débarasser de vos affaires. Oui, à poil, c’est aussi bien. Des caresses ? Non. Nous n’y sommes pas encore.

J’ai emménagé ici, il y a quelques jours à peine. Un pic de fréquentation, 35 voisins et amis m’ont rendu visite. Aujourd’hui, je vous invite à inaugurer chez moi, la fête avant Mariage. Mon titre est trompeur, mais ce n’est que pour mieux vous amener jusqu’à moi.

Organisons un chat pour pendre la crémaillère, vous, vos amis inconnus, que vous même ne connaissez pas, et d’autres, de passage. Les voisins de WordPress, cet immeuble géant et de nature infinie.
Chacun, derrière son écran, un verre sur la table et des petits salés à grignoter. boire jusqu’à plus soif et poster jusqu’à l’extrème fatigue, les yeux qui piquent, le dos qui fait mal; le rappel qu’il faut changer cette chaise d’ordi, pas assez confortable, pour toutes les heures assise dessus.

Veiller à coup de Coca light, ou Coca dure, de café noir et d’excitation virtuelle. Qui sont tous ces gens, avec qui je parle comme si j’étais en famille ?

La chambre sans dessus dessous, la vaisselle sale qui traine depuis 3 jours, le frigo vide, le linge qui trempe… peu importe ce qui m’entoure, mon cerveau en mode online est déconnecté de la réalité, pour mieux naviguer dans l’univers aseptisé de la blogosphère à l’atmosphère ennivrante.

C’est quand vous voulez. La date de la fête, laissons Nicolas la fixer.

Demain : Semaine 6 – 2007.J’apprends à maîtriser le feu pour ne pas que le froid l’éteigne.
Tous ces gens que je croise, ça n’est qu’un rêve de plus comme dirait l’autre. Et j’ai parfois l’impression de voir défiler le rêve de chacun dans leur façon de bouger au rythme de la derbouka, dans leur façon de vivre le match OM-PSG, en commentant les décisions de l’arbitre. Dans la façon qu’ils ont de parler entre eux, en se regardant droit dans les yeux, comme s’ils se disaient des choses d’une extrême gravité, alors que ça parle simplement marathon de Paris. Dans cette façon, d’un coup, de se lever et de danser jusqu’à minuit. Parce que le ternaire est le même ici ou à Tizi. Même si les parents ne sont plus dans la salle à coté, s’il n’y a plus de mariage, plus de gâteau, pas d’autre cousin avec qui partager la danse, plus de cortège, plus de famille. Le rythme est le même et la langue maternelle si douce que l’on danse entre frères d’un soir, qu’on oublie le sexe opposé, la séduction, l’avenir, l’amour, le corps. On s’oublie soi même. Il y a les bras tendus vers le ciel, les hanches et les fesses le plus loin possible du dos, les pieds que l’on regarde avec attention et qui marquent d’un pas franc et convaincu chaque temps fort. Puis les bras redescendent, accompagnent ce petit tour sur soi même. Les yeux fermés, le sourire jusqu’aux oreilles, la musique au fond des tympans.Les rêves de tous, même dans leur façon d’attendre simplement aux chiottes du cinéma après avoir été complètement retourné par des Diamants de Sang. Juste cette posture, lasse, les yeux dans le miroir, cette lumière des ciné-cité qui rend tout le monde si beau, ce petit pull H&M couleur vive et cette veste en cuir qui donne toute son allure à cette fille.

« Le costume porte l’Homme ou l’Homme porte le costume ? »
L’image, synthèse, mélange tout. Mes impressions me plaquent au mur. Je ne vois rien d’autre que la beauté, et je vois tous ses rêves qui sortent de son regard pour aller, décidés et motivés, droit sur son reflet, dans le miroir.

Elle est sous l’effet de l’émotion, et moi aussi d’ailleurs. L’emprise du cinéma, de ce méga grand écran qui a imprégné chacun de nos neurones d’une substance visqueuse et agglomérante. Tous à la même enseigne. Tous “impressionnés”. On n’est rien de plus qu’un long négatif. Un filet humain que l’on déroule. Une bande qui se tient par la main et qui renvoie les couleurs et les émotions de l’écran. Y a plus qu’à nous développer, faire de belles petites photos numériques. Tous pareils, tous au même format, tous à collectionner, tous semblables.

Clic droit, supprimer.

L’ANTI-GHORBIQUE Qu’elle est douce, la douleur, quand on la partage. On en serait presque heureux…Paris 2006. Fin de semaine 11. L’hiver a l’air de fléchir un peu.

L’exil n’est plus un déchirement, c’est un terrassement. Mieux vaut oublier notre condition jusqu’à la fin de l’hiver. Mieux vaut fermer les yeux, rentrer la tête dans les épaules et attendre que le gris passe à une autre couleur. Au loin, le printemps brille aussi faiblement que le soleil de ce week end. Mais il brille quand même ! Alors nous, les nouveaux parisiens en hypo-soleil chronique, nous sortons à nouveau.

Surtout ne pas oser se souvenir du ciel bleu d’Alger, de celui qui brûle de sa beauté et de sa profondeur. A Paris, l’hiver a la gueule de bois. Au point que pour le concert de ce week end, y a qu’à jouer dehors, sous une tente. Le froid ne fait plus peur, l’hiver est maintenant un ennemi que l’on peut combattre. Alors jouons sous la tente ! Jouons toute la nuit. Je suis rouge et je ne me soignerai pas, dit Mustapha par son exposition. Je suis “coopérant artistique” dit il encore pour masquer son statut d’exilé. Ou était ce un autre sage s’aventurant dans la philosophie de la ghorba ?

Sous quel thème vais je encore te décliner ? Douleur. Quelle couleur vais je t’attribuer ? Vais-je encore appeler mon enfance ? Vais je encore sentir l’essence de ma chair vibrer par son absence ? Vais je encore voir les maisons de mes grands parents, les rues d’Alger, la lumière aveuglante ? Vais je encore voir les mains fripées de mon grand père et sa peau brune séchée prendre le soleil comme une évidence ? Vais-je encore m’abriter, démunie, dans ce mouvement ghorbique regroupant le Maghreb dans sa pluralité la plus spectaculaire ? Me sentant unie à tous ces gens qui dansent dans le froid de la banlieue parisienne ou encore dans la chaleur de la rue jean pierre thimbaud, alors qu’à Alger, je ne voyais que nos différences. C’est pourtant si doux d’oublier ce qu’on est venu faire – surtout d’oublier qu’on ne sait pas ce qu’on est venu fait. C’est pourtant si bon de retrouver ce qu’on a finalement fui. Nous voici donc à Paris et dans sa banlieue, en mars 2006, week end 11. Le CPE fait gronder les jeunes et les cars de CRS bloquent le boulevard Saint Michel. Il fait froid à en être congestionné. Mais nous on s’en fout, on joue. Nous, on s’en fout, on danse! Mustapha à Bagneux pour une Jam session totalement improvisée, avec des amis. L’Alimentation Générale, dans le quartier de la rue St Maur est au max : plus de 400 personnes. Les groupes s’enchaînent et se déchaînent sur scène, pour le plaisir d’un public boulimique, affamé de souvenirs et d’amour.

Lila porte des lentilles et découvre combien les gens sont beaux. L’ont ils toujours été ou est ce un nouveau regard que tu portes ? Peut être est ce le printemps ? Peut être est ce l’union ? Peut être est ce la musique, notre religion, notre communion anti-ghorbique, qui les apaise et laisse fleurir la beauté de tous, pour un plaisir unique. Hafidh et son frère pour la musique de mon enfance, les gumbri laissant place aux basses et guitares électriques. Les percussions dans tous les sens et la flûte traversière enfantant l’harmonie. Le spectacle commence à 16h pour s’achever après minuit. Ou peut être plus tard ? Je ne suis pas restée, parce qu’à 23h30, demain était déjà là. La nuit aurait pu être plus longue, le partage prolongé avec des amis d’un soir, mais demain aurait été encore plus violent. Parce que dehors, Paris ne cède rien. Son métro est encore là pour nous ramener au chaud, comme il est là pour nous montrer la misère, l’humanité exclue de cette machine mega-urbaine, ces pauvres hommes qui dorment sous la couverture, sur un banc, pendant que nous… Nous attendons le prochain métro.

[…]Les mots ne coulent pas ce soir… Les phrases ne se suivent pas et la pensée est hachée… Mes mots ne veulent pas crier le même discours que cette ghorba affligeante.Quand j’étais algéroise, je n’avais que du mépris pour ce discours meskinisant. Aujourd’hui, bien que je le comprenne et en ressente les brûlures les plus douloureuses, je sais que cette émotion n’est pas constructive, et je ne dois pas en faire l’écho, même si c’est tentant. Parce que l’Algérie n’est pas sortie de sa merde noire et de son pétrole gluant, dans lesquels elle s’est empêtrée. Parce que l’Algérie reconstruit le schéma de sa bombe et de son auto-destruction. Parce que je voudrai que tous les miens soient ici, avec moi, ou du moins quelque part ou l’on peut construire, et non pas moi, là bas, avec eux. Parce que si je suis là, dans ce froid, dans ce gris, à pleurer d’exil, c’est parce que j’ai le choix de préférer ça à l’Algérie. Parce que justement, j’ai choisi la fuite et la séparation et je l’ai préférée à cette Algérie qui ne promet que l’état d’urgence, la violence, l’islamisme, la soumission des femmes, la précarité de ma condition, à vie. Parce qu’entre la soumission et l’épanouissement, le choix parait si simple que l’on se sent con de douter.

Parce que je préfère taire la douleur avant qu’elle ne m’étouffe.